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Flambée du pétrole : «On n’a pas fini de subir !»

  Sans réelles marges de manœuvre budgétaires, le gouvernement multiplie les annonces d’aides sectorielles pour tenter de répondre à la crise énergétique et mise désormais sur l’électrification du pays.

© Adobe stock.

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 Lors de sa conférence de presse du 21 mai dernier consacrée aux aides apportées par le gouvernement pour soutenir l’activité économique face à la flambée du pétrole et de ses dérivés, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a laissé échapper cet aveu : « on n’a pas fini de subir » ! C’est hélas vrai, puisque la France s’approvisionne en énergie quasi exclusivement à l’étranger. Ainsi, pour aider les ménages et les professionnels qui sont aux prises avec la crise énergétique, le gouvernement multiplie les mesures de soutien, alors même que ses marges budgétaires sont très réduites. Et désormais, il mise sur un plan national d’électrification.

Aides, subventions, remboursements

Après les aides sectorielles annoncées en avril, l’enlisement de la situation au Moyen-Orient a contraint le gouvernement à remettre l’ouvrage sur le métier en mai. Pour l’essentiel, il s’agit d’une reconduction des dispositifs existants pour les secteurs du transport routier et fluvial, du BTP et de la pêche. Cependant, face à la grogne, une extension mesurée des bénéficiaires a été décidée : revalorisation de l’indemnité kilométrique pour les aides à domicile et les fonctionnaires qui utilisent leur propre véhicule, dispositif de leasing social pour l’acquisition d’un véhicule électrique… Du côté des ménages, les « travailleurs modestes grands rouleurs » verront leur aide doublée à 100 euros et les conditions de versement par l’employeur de la « prime carburant » (non obligatoire et exonérée de prélèvements) ont été assouplies avec un plafond doublé à 600 euros par an.

Le tout pour un montant global encore imprécis, mais qui devrait s’élever à quelque 700 millions d’euros. En y ajoutant les 500 millions des précédentes mesures, la facture atteindrait au minimum 1,2 milliard d’euros et plus probablement 2 milliards avec l’extension inévitable des dispositifs d’ici à la fin de l’année. Cela semble beaucoup, mais face à une telle crise, les montants engagés restent faibles, bien loin du « changement d’ampleur et d’échelle », annoncé par Sébastien Lecornu, si ce n’est que les aides sont à présent accordées jusqu’à la fin du mois d’août. Rien d’étonnant donc à ce que de nombreuses catégories socio-professionnelles se sentent abandonnées par le gouvernement.

Un coût budgétaire

Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, justifie les trous dans la raquette en avançant que ces mesures « doivent être temporaires et « doivent être financées ». Sous-entendu, pour ne pas aggraver la copie budgétaire déjà mauvaise, le gouvernement va retirer d’un côté ce qu’il a accordé de l’autre, qualifiant ce tour de passe-passe de « recherche d’économies ». Or, toutes les dépenses ne sont pas équivalentes, certaines soutenant plus l’activité que d’autres. Dès lors, impossible de couper à une réflexion préalable sur la nature, le montant et l’efficacité des dépenses publiques, sous peine de s’acheminer vers des coupes indifférenciées, meilleur moyen de conduire le pays à la récession, d’autant que le Fonds Monétaire International (FMI) a déjà révisé à la baisse sa prévision de croissance de la France à 0,7% en 2026.

C’est un fait : avec le déficit public du pays et son taux d’endettement, le gouvernement n’a quasiment aucune marge de manœuvre budgétaire et encore moins de marge politique pour mener une politique économique cohérente. Le FMI l’a très bien compris et a ainsi appelé le gouvernement français à s’engager dans des mesures uniquement « limitées, temporaires et ciblées », sous peine de dévier irrémédiablement de sa trajectoire d’assainissement des finances publiques. À ce stade, il n’est donc pas question d’une baisse généralisée de la fiscalité sur les carburants, qui coûterait assurément très cher aux finances publiques, comme l’a démontré la TIPP flottante au début des années 2000. De plus, cela soulèverait de nouveaux problèmes, puisque ce sont les recettes publiques qui financent les dépenses. À moins que le gouvernement n’imagine relever ou inventer d’autres prélèvements comme une éventuelle « surtaxe » sur TotalEnergies !

Un « plan d’électrification des usages »

Face à la quadrature du cercle, il porte tous ces espoirs sur le « plan d’électrification des usages », présenté le 23 avril dernier et dont Emmanuel Macron souhaite accélérer la mise en œuvre. Il s’agit de faire d’une pierre deux coups : réduire la dépendance aux énergies fossiles, qui représentent encore 58% de la consommation finale d’énergie, et les émissions de CO2. Par ailleurs, ce plan devrait « renforcer la souveraineté énergétique », « protéger le pouvoir d’achat des ménages » et « préserver la compétitivité des entreprises ». Entre construction des infrastructures électriques et nucléaires, installation massive de pompes à chaleur (quid du bruit ?) et changement des parcs automobiles thermiques, il est question de 25 à 30 ans. Il n’est donc pas certain que la génération actuelle voie dans ce « plan Messmer, un peu nouvelle version » (cf. Lecornu, en référence à celui déployé en 1974 par le Premier ministre d’alors, suite au premier choc pétrolier) une réponse à ses problèmes…