Portrait
Start-up

Fold Ecosystemics : un engagement bien enraciné

Passer du droit international à la création d’une start-up dédiée à la foresterie durable, c’est le pari fou d’Alicia Charennat, motivé par une quête de sens et une profonde prise de conscience écologique. Entourée de trois analystes scientifiques, la Lorraine d’origine a décidé de poser ses valises à Badménil-au-Bois, au cœur du Massif des Vosges, afin d’y développer des outils technologiques de pointe mis au service de la lutte contre la fragilité croissante des écosystèmes forestiers.


Titulaire d’un double diplôme franco-allemand en droit international des affaires, Alicia Charennat a débuté sa carrière entre ONG et entreprise high-tech, mais a rapidement ressenti une insatisfaction face à un travail qui ne contribuait pas à résoudre les problématiques majeures de son époque. Un sentiment qui l’a poussée à quitter l’industrie – où la production, la qualité et les chiffres étaient son quotidien – pour une immersion révélatrice dans la forêt au contact des bûcherons, forestiers et chercheurs. Un pas de côté qui s’est inscrit dans la durée, motivé par de profondes convictions. Sa réflexion entrepreneuriale démarre d’ailleurs dès 2017 après avoir été impressionnée et embarquée par l’érudition et la capacité d’observation des professionnels de terrain rencontrés dans les forêts qu’elle parcourt. Face à un milieu riche, elle peut enfin assouvir son insatiable curiosité intellectuelle et avoue «avoir mis le doigt dans l’engrenage» en se formant d’abord en gestion forestière puis à l’agroécologie, à l’hydrologie, à la botanique, à l’ornithologie…, autant de domaines qu’elle découvre avec passion. Sa volonté est alors de trouver des solutions pour combler le décalage entre la sophistication technologique observée chez les urbains et les bouts de ficelle avec lesquels les professionnels de première ligne doivent composer en forêt. Pour y parvenir, la trentenaire a l’ambition de créer des ponts entre ingénieurs, professionnels de terrain et scientifiques, qui ne parlent pas le même langage, pour servir le triptyque : «arbres, sol et eau». 

Des avant-gardistes désormais reconnus

Un défi qu’elle ne relèvera pas seule mais bien accompagnée par d’anciens collègues, tous ingénieurs de pointe. D’une simple philosophie à la structuration, il n’y a qu’un pas franchi par la volonté d’Alicia de créer une base de données qui permettrait, par le biais de capteurs, de mesurer la santé des écosystèmes. Friedrich Förstner, bio-informaticien allemand titulaire d’un doctorat sur arbres neuronaux, puis Giovanni Carmantini, italien, docteur en en neurosciences et mathématiques, ainsi que Jake Turner, anglais, docteur en physique acoustique, ont les tous trois mis leur intelligence à profit pour développer ces stations de suivi en forêt. «J’ai la chance de travailler avec des personnes qui ont appris à coder, à programmer eux-mêmes, ce qui fait une énorme différence dans la manière de produire des outils par rapport aux plus jeunes qui ne savent le faire qu’avec des IA. Issus du monde des laboratoires de recherche, ils ont eu envie d’appliquer la science dans le monde réel pour ne pas en rester à l’éprouvette», se réjouit l’entrepreneuse. Si cette idée a servi de base à leur projet, force est de constater qu’au début de cette aventure collective, c’est le scepticisme ou plutôt les moqueries qui les ont accompagnés. «Certains nous ont pris pour des fous, en se demandant comment nous pourrions mener une carrière professionnelle en nous intéressant à la santé des arbres», confie Alicia Charennat. Des réactions qui ne l’ont jamais fait douter, ni même découragée. Bien au contraire. Ensemble, ces quatre mousquetaires imaginent des outils d’aide à la décision en mettant leur intelligence au service des gestionnaires d’espaces arborés. Si, en 2017, ils prêchaient dans le désert, un retournement médiatique a changé la donne à la suite des actions portées par Greta Thuberg qui ont conduit à une prise de conscience généralisée.

De la création à la croissance

Après des années de recherche et de développement, de prototypage autofinancé, les quatre associés décident de poser leurs valises dans les Vosges et d’être incubés, en 2024, au Quai Alpha, à épinal. Ils créent Fold Ecosystemics en 2025, en rejoignant des locaux à Badménil-aux-Bois, au cœur du Massif vosgien. La jeune pousse propose un logiciel d’analyse pour les inventaires de forêts complexes et diversifiées afin d’aider les professionnels à planifier la gestion et dérisquer leurs opérations. Des capteurs de suivi environnemental peuvent également être installés sur des arbres pour mesurer le microclimat et la biodiversité grâce à des micros intégrés. Une troisième offre est en cours de réalisation : un procédé de cartographie qui centralisera diverses données pour faire des diagnostics et préparer les interventions de terrain. Des outils innovants qui intéressent experts ou gestionnaires forestiers, associations de conservation, collectivités, entreprises soumises à de nouvelles règlementations ou encore le secteur du tourisme ou la recherche. Présente dans pratiquement tous les massifs de France et dans différents pays européens, la start-up s’impose comme une référence, une pionnière engagée attirant une clientèle diversifiée et de jeunes talents en quête d’un projet porteur de sens. 

«Certains nous ont pris pour des fous au début de l’aventure»

Des Vosges à Matignon

Alicia Charennat a été choisie pour représenter les Vosges les 7 et 8 septembre prochains à Matignon, dans le cadre du concours les 101 femmes entrepreneures, porté par Bpifrance. Toutes les dirigeantes sélectionnées ont dû être accompagnées par au moins une structure d’appui à la création/reprise d’entreprise.