Portrait
Industrie

Framatec: l’investissement d’une vie

Installée historiquement à Dinozé et à Rambervillers, l’entreprise familiale Framatec spécialisée dans la conception et la construction métallique mais aussi la fabrication de ponts et passerelles vient d’achever un plan d’investissement de dix millions d’euros. Pariant très tôt sur la diversification et sur les marchés à haute valeur ajoutée, les Vosgiens affichent une hausse de leur chiffre d’affaires malgré le contexte économique incertain. Attachés à leur territoire, ils s’engagent pour renforcer l’attractivité de leur site.


Une entreprise intimement liée au passé industriel lointain de Dinozé et née d’une reprise de deux sociétés en difficulté en 1985. Historiquement, le cœur de métier de Framatec a toujours été la construction métallique, avec la réalisation de bâtiments commerciaux ou industriels relativement standards. Des secteurs qui subissent une forte concurrence. Très tôt, la famille Pisani, à la tête du groupe, a choisi de prendre un autre chemin en se tournant vers la diversification. «Aujourd’hui, la construction métallique est de plus en plus large. C’est d’ailleurs cette stratégie que nous suivons depuis plusieurs années et que nous souhaitons accélérer autour de l’acier carbone et de l’inox», confie Anthony Pisani. Entré dans l’entreprise en 2012 comme chargé d’affaires, son diplôme d’ingénieur en poche, il en assure la présidence depuis 2022, après dix années d’imprégnation et d’accompagnement aux côtés de son père. Si en 2012, Framatec affichait un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros pour un effectif de 70 salariés, dix ans plus tard, les résultats financiers ont été multipliés par deux. Derrière la success-story, la structuration et la qualification ont permis à la PME de se positionner dès 2016 sur le nucléaire à une époque où le contexte était tout autre : la catastrophe nucléaire de Fukushima avait fortement influencé le quinquennat de François Hollande. La direction a toujours assumé son choix et surtout pris dix ans d’avance sur de nombreux concurrents qui lorgnent désormais ce secteur en plein boom. «Il a fallu convaincre les acteurs de nous faire confiance. Le premier marché était extrêmement technique», se rappelle Anthony Pisani qui depuis a rejoint le groupement des industriels français de l’énergie nucléaire. 

 Un cap et une vision 

 En intégrant l’entreprise familiale, l’enjeu était pour la seconde génération de trouver de nouveaux marchés et de nouveaux clients pour «faire grandir Framatec», en mettant en avant un savoir-faire et des équipes engagées à chaque étape grâce à un bureau d’études, des ingénieurs calculateurs et des dessinateurs : études, conception et production. Si le site de Dinozé est dédié à la production – débits, assembleurs et soudeurs –, la seconde unité de Rambervillers est spécialisée dans le traitement de surfaces. Alors que le groupe s’appuie sur le BTP avec des conducteurs de travaux qui supervisent les opérations de montage, avoir la main sur toute la chaîne de valeur est un argument de taille synonyme de réactivité et d’agilité. Depuis 2022, le chiffre d’affaires ne cesse de progresser pour atteindre, en 2025, vingt-cinq millions et, en 2026, vingt-sept millions. L’objectif : viser les trente millions d’euros en 2027 en s’appuyant sur un carnet de commandes rempli à plus d’un an. Une réelle prouesse dans le contexte actuel avec un service de contrôle en interne étoffé autour d’une structuration des marchés du nucléaire et de l’énergie. Des hauts niveaux de qualifications qui permettent au groupe de pouvoir fabriquer à peu près tout ce qu’ils souhaitent. Après avoir connu la crise du Covid ou encore l’explosion des coûts des matériaux à la suite du conflit en Ukraine, Anthony Pisani se veut philosophe : «Si nous devions attendre de la visibilité pour prendre des décisions, nous ne ferions plus rien. Il faut se fixer des objectifs ambitieux et aller de l’avant». 

Transformation en trois actes

Si depuis le Covid tout a changé, Anthony Pisani et son épouse, Léa, en charge de la direction RSE, ont compris qu’il fallait adapter la société, la faire évoluer pour répondre aux nouveaux enjeux. Un challenge qui se chiffre à dix millions d’euros engagés entre 2023 et 2026. La première étape a été de réaménager le site historique aux nombreuses contraintes avec la création d’un nouvel accès pour organiser les flux, gagner en sécurité et renforcer la productivité avec notamment la création d’un parc matières. La seconde étape s’est concentrée sur les locaux sociaux, les bureaux et l’ouverture de la salle de restauration. «Notre fil conducteur a été de travailler de manière intelligente pour donner satisfaction à tout le monde et changer les habitudes», analyse l’experte en RH. Objectif atteint : le temps où les cols bleus descendaient au niveau inférieur pour se changer sans lumière naturelle est révolu. Désormais, les salariés rentrent tous par la même porte, se restaurent au même endroit. Une petite révolution pour la direction dont la volonté est d’apporter sa pierre à l’édifice pour changer l’image de l’industrie et renforcer son attractivité. Quant à la dernière phase de la transformation, elle peut se résumer à cinq millions injectés dans des outils et machines pour ouvrir le champ des possibles. Alors que ce plan arrive à échéance, il représente l’investissement d’une vie pour la seconde génération. «En toute modestie, Framatec est née avant moi, notre seul objectif est que l’entreprise existe après», estiment ces deux relais, amoureux de leur territoire.


Il faut se fixer des objectifs ambitieux et aller de l’avant

Usine bientôt ouverte 

  Au second semestre 2027, Framatec ouvrira ses portes au grand public avec la volonté de valoriser le savoir-faire des salariés et susciter des vocations. Cette réflexion est engagée à la suite de l’appel à projets «tourisme et savoir-faire» de la Région Grand Est.