Construit entre 1859 et 1884, le Familistère est né de la volonté de l'industriel Jean-Baptiste André Godin d'offrir à ses ouvriers des conditions de vie inédites pour l'époque. Autour de sa manufacture de poêles en fonte, il imagine une véritable cité comprenant logements, écoles, théâtre, piscine, jardins et commerces. Plus qu'un ensemble architectural, le Familistère incarne une vision sociale où le lieu de travail et le lieu de vie ne font qu’un.
Aujourd'hui, cet héritage continue de porter ses fruits. Devenu le musée le plus visité de l'Aisne avec 55 000 à 65 000 visiteurs par an, le site ne mise plus uniquement sur son offre patrimoniale. «Le Familistère reposant uniquement sur un musée ne serait pas viable», souligne Amélie Godbert, directrice du pôle publics au Familistère de Guise. Le site a ainsi développé des activités pour attirer des publics variés tout au long de l'année et renforcer son modèle économique.
Aux visites s'ajoutent désormais des séminaires d'entreprises, des spectacles, des expositions, une offre de restauration ou encore l'accueil d'événements. Un choix assumé, d'autant que la régie d'exploitation, qui gère les activités commerciales du site, fonctionne sans subventions de fonctionnement. «Nous vivons essentiellement de nos propres recettes. Nous avons connu des périodes plus difficiles, mais aujourd'hui le soleil revient», souligne Amélie Godbert.
Diversifier pour assurer la pérennité
Le développement de ces activités répond à un enjeu de long terme. Employant une trentaine de salariés, le Familistère fait évoluer son modèle face à la baisse des financements publics et à la hausse des charges. L'objectif est de renforcer ses ressources propres sans renoncer à sa mission culturelle. «Nous pouvons réinventer notre modèle économique sans perdre de vue notre mission de service public. Le développement des séminaires ou d'autres services permettra d'assurer la pérennité du lieu et des emplois», estime la directrice.
Fidèle à la vision de Jean-Baptiste André Godin, le Familistère n'a jamais cessé d'être un lieu de vie. Une vingtaine de personnes habitent encore les logements historiques, faisant cohabiter habitants, visiteurs, entreprises et acteurs culturels. Plus de 160 ans après sa création, l'ancienne cité ouvrière démontre qu'un patrimoine industriel peut, grâce à la diversification de ses activités, rester un véritable levier de développement pour son territoire.
Jusqu'en 1968
Le Familistère a fonctionné comme une coopérative jusqu'en 1968. Les salariés participent aux bénéfices, puis deviennent progressivement copropriétaires de l'entreprise. Cette expérience sociale, unique en France, a perduré près de quatre-vingts ans après la mort de Jean-Baptiste André Godin.