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Europe

L’économie allemande cale

  Les dernières prévisions du Conseil allemand des experts économiques confirment que, sous l’effet de facteurs conjoncturels et structurels, l’activité fait du surplace outre-Rhin. Et son industrie va mal. Décryptage.

Le Bundestag. © AFP

Le Bundestag. © AFP

Alors qu’il prévoyait un taux de croissance pour 2026 à 0,9% en novembre, le Conseil allemand des experts économiques (Sachverständigenrat) a révisé ce chiffre à 0,5%, en phase avec les prévisions du FMI et de la Fédération de l’industrie allemande (BDI). Et pour 2027, la croissance est attendue à moins de 1%. Certes, comme partout en Europe, le conflit au Moyen-Orient aura pesé sur l’activité allemande, mais le mal est plus profond : outre-Rhin, c’est le modèle économique et social dans son ensemble qui est en crise ! Et cette crise menace de devenir politique, entre impopularité de la coalition actuelle au pouvoir, montée des extrêmes et incapacité à bâtir un projet fédérateur.

L’activité structurellement en berne

Après la pandémie de Covid-19, l’Allemagne a dû composer avec la fin du gaz russe bon marché, qui était pourtant l’un des facteurs de la compétitivité de son industrie. L’industrie allemande — en particulier la chimie — subit ainsi une hausse de ses coûts de production, qu’il lui est difficile de faire passer en totalité dans ses prix de vente, en raison de la concurrence sur les marchés internationaux.

Les chiffres de la croissance en portent les stigmates, puisque selon l’Office fédéral des statistiques (Destatis), l’économie allemande a crû de seulement 0,3% ce premier trimestre 2026. En vérité, l’économie allemande fait du surplace depuis bien avant la pandémie, la consommation des ménages et les investissements des entreprises demeurant structurellement très faibles. Même les exportations, moteur traditionnel de la croissance, sont soumises depuis un certain temps déjà à des vents contraires (droits de douane américains, concurrence chinoise, euro fort).

L’espoir incertain des grands investissements

Tous les espoirs se tournent désormais vers les investissements massifs dans les infrastructures et l’armement. Quelle ironie tout de même d’entendre les responsables politiques allemands se vanter de leur plan de relance keynésien de plusieurs centaines de milliards d’euros, eux qui pendant 20 ans s’étaient ingéniés à limiter les dépenses publiques avec le célèbre «frein à l’endettement». Cependant, le Conseil allemand des experts économiques émettait dès novembre 2025 des doutes sur l’effet attendu d’un tel plan, dans la mesure où de nombreuses dépenses venaient simplement se substituer à d’autres. D’autres organismes allemands réputés (DIW, IfW) anticipent une stimulation de l’activité économique, à la condition expresse que ces investissements s’orientent vers la R&D et les nouvelles technologies, ce qui n’est pas certain.  

En attendant, l’industrie va mal en Allemagne, en particulier l’automobile, qui subit une véritable hécatombe depuis que les constructeurs chinois sont montés en gamme et font de l’ombre à leurs concurrents. Volkswagen est d’ailleurs devenue la vitrine de la casse sociale, puisque le groupe envisagerait de supprimer 100 000 emplois, dans les prochaines années, le double de ce qui avait été annoncé il y a seulement trois mois ! Quatre usines seraient fermées sur le sol allemand, une première depuis la création de la marque en 1937. Cette annonce se conjugue à celles de licenciements — parfois massifs — chez les équipementiers (Bosch, Continental, ZF…). Chaque mois, ce sont près de 10 000 emplois industriels qui disparaissent outre-Rhin, souvent bien payés et productifs, d’où des conséquences sur la croissance à long terme. Au total, l’Allemagne compte à présent trois millions de chômeurs, soit 6,4% des actifs.

Retournement du modèle allemand

Il s’agit bien d’un ébranlement de tout le modèle économique allemand fondé au mitan des années 2000 avec les réformes Schröder. Celles-ci consistaient essentiellement à adosser la croissance allemande au commerce extérieur, en flexibilisant à outrance les emplois dans les services et en abaissant les coûts salariaux (réformes Hartz), afin de gagner en compétitivité-prix à l’export pour les produits industriels. Tant et si bien, que cette désinflation compétitive, pourtant contraire aux traités européens, aura fait de l’Allemagne le premier exportateur mondial au prix d’un sous-investissement chronique dans le pays et d’une dépendance croissante au marché chinois.

Or, tous ces facteurs qui ont fait le miracle économique allemand se sont bel et bien retournés, pour laisser place à un ralentissement de la productivité par tête, une hausse importante du coût salarial unitaire et une baisse de la compétitivité-coût. Le tout sur fond de vieillissement de la population et de concurrence chinoise accrue. De là découle un déraillement structurel de la locomotive allemande.

Le chancelier, Friedrich Merz, sous la pression des milieux économiques, en appelle désormais à des «réformes structurelles» concernant les coûts élevés de l’énergie, la bureaucratie et les coûts sociaux, jugés responsables de la crise par les patrons allemands. Mais, le modèle social et économique qui se substituera à celui actuellement en faillite reste encore à inventer…