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Start-up

L’IA à hauteur de PME

Anciens collègues au Quai Alpha, Vincent Loreaux et Émeline Boulangé ont créé ensemble, en septembre dernier, NIN-IA pour répondre aux besoins des entreprises souvent perdues au moment de prendre le tournant des IA génératives. L’enjeu pour la start-up vosgienne n’est pas seulement de les acculturer, mais bien de leur proposer des outils adaptés à leur activité avec la volonté de les rendre plus compétitives.


Ne pas regarder passer les trains. C’est pour justement ne pas avoir de regrets que Vincent Loreaux et Émeline Boulangé ont décidé de mettre à profit leurs compétences complémentaires et leur force de frappe avec l’envie d’accompagner les dirigeants à faire un pas vers les IA devenues incontournables. C’est d’ailleurs tout le sens de cette aventure entrepreneuriale née des questionnements des chefs d’entreprise à la recherche de solutions adaptées. «Beaucoup pensent que c’est extrêmement coûteux alors qu’en fait ce n’est plus du tout le cas. Nous n’arrivons pas en disant il va falloir investir 10 ou 20 000 euros dans un gros module. En fait, nous proposons des solutions ciblées par rapport à des tâches identifiées». Ambassadeur IA pour les Vosges, Vincent Loreaux insiste sur la nécessité de ne pas simplement se limiter à une sensibilisation, mais bien de privilégier le sur-mesure pour chaque activité. «L’un des premiers enjeux est la sécurité des données parce que de nombreux employés utilisent l’IA avec des comptes gratuits sans avoir conscience des risques», insiste le spécialiste ajoutant que leur principale mission reste «l’intégration de solutions adaptées permettant de gommer certaines tâches, la plupart du temps absolument pas aimées par le personnel pour un bénéfice instantané pour l’entreprise». Ces solutions sont d’ailleurs développées à des étapes clefs de l’organisation où l’automatisation des tâches va favoriser un gain de temps. Et elles sont nombreuses que ce soient la classification de documents, de comptes-rendus, la gestion des appels d’offres, des stocks, la génération d’images… le champ est large.

L’enjeu de la formation des équipes

Certifiée Qualiopi, la start-up vosgienne propose en parallèle des formations adaptées aux pratiques et aux besoins, en accompagnant les salariés à se familiariser aux outils utilisés en interne comme ChatGPT. «Notre chance et notre malheur, c’est qu’il n’existe pas vraiment de produits clefs en main. Notre rôle est de retirer les cailloux dans les chaussures des équipes des dirigeants en délivrant un message auprès des chargés d’affaires qui expliquent, par exemple, passer 30% de leur temps à remplir des tableurs Excel pour la traçabilité de matière première, et en leur rappelant que cette tâche est automatisable à 100%». Moins de six mois après avoir démarré leur activité, les deux entrepreneurs bénéficient d’un environnement et d’un réseau favorables dans les Vosges, avec de nombreux clients d’ores et déjà accompagnés dont plusieurs industries ayant un chiffre d’affaires de 3 à 10 millions d’euros et quelques indépendants. «Aujourd’hui, toutes les entreprises, même les plus petites, ont besoin de l’IA, alors pourquoi passer à côté ?», s’interrogent les deux trentenaires. Appelés pour intervenir, ils confient que le moment le plus impressionnant et intéressant reste la période d’analyse et de découverte de l’entreprise cliente : deux rendez-vous où ils écoutent, s’imprègnent des organisations mises en place puis réfléchissent sur l’outil le plus adapté à l’autonomisation, s’appuyant sur sur une diversité de critères critères, dont le premier reste le process. Une récente demande pour une aide au chiffrage a révélé les limites de l’IA avec un interlocuteur qui voulait remplacer sa réflexion, son talent par la technologie. «Ce n’est pas automatisable. L’IA ne peut pas tout, en revanche, on a réfléchi ensemble sur ce que l’on pouvait mettre en place pour lui faire gagner du temps», précise Vincent Loreaux. 

Devenir hébergeurs et développeurs

À l’heure où certains salariés se montrent particulièrement réticents et face aux craintes suscitées par l’IA, les deux jeunes dirigeants savent exactement ce qu’ils veulent et ce qu’ils refuseraient de faire. «Notre entreprise n’interviendra jamais pour supprimer des postes de travail. Notre créneau, c’est le gain de productivité et de rentabilité». Une mission qu’ils avaient à l’esprit en créant leur boîte et qui est encore plus d’actualité avec le conflit en Iran et ses répercussions sur le prix de l’énergie dans une course aux coûts engagée par les entreprises. «Parfois, la meilleure solution, c’est une formation. Ce n’est pas de vendre un module. Tout se décide au cas par cas en accord avec le dirigeant», selon les créateurs de Nin-IA bien décidés à accompagner sur la durée les industriels. Si en 2026, les jeunes Vosgiens enchaînent les contrats et souhaitent poursuivre leurs actions de terrain pour «ne pas perdre de vue le marché», ils pensent réaliser une levée de fonds en 2027 avec l’ambition de devenir hébergeurs et développeurs.

«Parfois, la meilleure solution, c’est une formation. Ce n’est pas de vendre un module»