Les parcs d'attractions vont-ils se remplir de dispositifs immersifs ? Fin avril, par exemple, en Bourgogne-Franche-Comté, le MuséoParc Alésia, sis sur le site de la célèbre bataille qui a opposé César et Vercingétorix, en 52 av. J.-C, a inauguré de nouveaux dispositifs. Les visiteurs qui se promènent dans le parc où ont été reconstituées des fortifications romaines sont invités (gratuitement) à scanner un QR code. Ensuite, en promenant leur smartphone devant le paysage, ils bénéficient d'une visite «augmentée». Sur l'écran, le camp romain se peuple et s'anime. Félix et Rufus, deux légionnaires, échangent. Ils racontent la manière dont sont élaborées les tactiques militaires, l'atmosphère tendue à la veille des batailles... «Ce dispositif permet à une famille de se projeter dans cette réalité. Il est important de vulgariser, tout en veillant à la dimension scientifique», explique Laurent Bourdereau, directeur du MuséoParc Alésia qui accueille 85 000 visiteurs par an, dont de nombreuses familles venant de la région.
Dans le bâtiment du MuséoParc, un espace est prévu où les enfants s'assoient pour jouer à des jeux de l'époque (en bois) reconstitués. Il succède aux salles très pédagogiques consacrées à l'Antiquité romaine et gauloise. Dans l'auditorium, une autre nouveauté -immersive- : les visiteurs déambulent dans l'espace sombre qui simule une maison gallo-romaine. Au sol, des images de mosaïques. Sur les murs, des fresques (poissons, pieuvres...). Sous les pas des visiteurs les images s'animent ; les mains font bouger les poissons... Une expérience à la fois ludique et poétique. «Cela représente un moment de respiration dans la visite», commente Laurent Bourdereau. Pour lui, les dispositifs numériques immersifs peuvent nourrir cette alternance de rythmes de la visite, faite de moments denses, et d'autres plus légers. Et même dans ce cas, «il faut intégrer des dispositifs innovants qui aient du sens. Au delà de l'effet ‘waouh’, il faut conserver la dimension pédagogique, par exemple, en restant précis dans l'iconographie», complète Laurent Bourdereau, dont l'établissement se distingue par son ambition pédagogique, par rapport à l'essentiel des autres parcs d'attractions en France.
Technologies et immersion, des faux amis ?
A la Compagnie des Alpes aussi (Parc Astérix, Futuroscope, Grévin Paris, Walibi Belgique...)., les dispositifs immersifs ont fait leur apparition. «Nous utilisons de plus en plus de dispositifs destinés à intensifier l'immersion du client dans l'environnement ou l'univers que nous souhaitons qu'il découvre. L'attraction simplement posée sur une prairie, c'est fini», explique François Fassier, directeur de la division des loisirs de la Compagnie des Alpes. Par exemple, au Parc Astérix, à Halloween, la façade d'un temple égyptien sert de support à un spectacle digital thématisé. Au Futuroscope, «chasseurs de tornades» a gagné le prix «Meilleure attraction au monde» Thea Awards en 2022. Tout est fait pour donner au visiteur la sensation de se trouver au cœur d'une tornade : plateforme mouvante sous un écran haute définition circulaire, vent généré par de gros ventilateurs, bruitages... Pour produire de l'immersion, «le défi consiste à agréger différents types de technologies», analyse François Fassier. Dans le cas de «chasseurs de tornades», par exemple, l'effet immersif a été obtenu sans recourir aux technologies de réalité augmentée ou à la 3D.
Pour ces nouveautés, «nous n'en sommes qu'au début. Pour l'instant, tout le monde n'a pas la capacité d'investir dans ces projets qui sont coûteux. Il y a une véritable barrière à l'entrée», estime François Fassier. Néanmoins, ce professionnel s'attend à une demande croissante de la clientèle à ce type de proposition : «il est probable que ces expériences, dites amplifiées, deviennent une sorte de minimum attendu de la part de nos visiteurs», estime-t-il. Il reviendra alors aux parcs d'attractions et de loisirs de trouver les solutions compatibles avec leur modèle économique. Lequel prévoit un trafic de visiteurs importants. «Pour une montagne russe, le but, c'est une rotation des sièges qui permette 500 à 600 passages par heure», rappelle François Fassier. En conséquence, certains dispositifs, à l'image des casques immersifs, ne semblent pas adaptés aux parcs. «Nous l'avons testé au Futuroscope, il y a quelques années, avec une mise en scène de Sébastien Loeb, le pilote de rallye automobile. Opérationnellement, c'était un enfer. Ce sont des appareils très fragiles, il faut les désinfecter entre deux visionnages... Au final, nous avons tout arrêté», témoigne François Fassier.