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Finance

La levée de fonds au service d’une stratégie ambitieuse

Levier stratégique indispensable à une croissance rapide et ambitieuse, la levée de fonds est un outil financier qui dépasse les lenteurs du financement traditionnel en accélérant le développement. Si les start-ups sont particulièrement sensibilisées à ce modèle d’investissement, les entreprises plus classiques et plus anciennes peuvent également y avoir recours avec toujours cette volonté de changer de cap.


© Benjamin Prost- Un tiers des start-ups incubées dans les Vosges a eu recours à la love money, aux business Angels, aux fonds d’investissement.

© Benjamin Prost- Un tiers des start-ups incubées dans les Vosges a eu recours à la love money, aux business Angels, aux fonds d’investissement.

Etre à la tête d’une entreprise, avoir une vision et des objectifs à atteindre. Mais quel chemin prendre ? Face à cette interrogation, Mélanie Glibusic dont le cabinet d’ingénierie MG-IB est spécialisé dans l’optimisation d’espaces industriels et logistiques, a vite tranché pour créer «un logiciel qui sera commercialisé au niveau mondial». Consciente qu’avec «un modèle standard, il aurait fallu attendre sans doute vingt ans d’activité», l’entrepreneuse a préféré opter pour un autre modèle financier autour d’un raisonnement clair : «prendre des risques, croire en son projet, aller penser l’ingénierie financière différemment, avec un vrai effet de levier sur la structuration d’une levée de fonds, qui vient se compléter avec des financements comme les banques ou des organismes». Une option qui s’est soldée par une première levée de fonds en 2022 synonyme de laboratoire expérimental puis une seconde récemment bouclée qui doit lui donner la possibilité d’accélérer pour recruter des profils plus structurants sur la chefferie de projet. C’est aussi pour cette raison que la levée de fonds ne se limite pas à du cash mais s’accompagne inévitablement d’une montée en compétences, d’un réseau, d’une vision et d’une stratégie qui vont nourrir la jeune pépite.

Un environnement favorable

En Lorraine, un écosystème favorable s’est structuré autour d’experts comme le réseau Quest For Change mais aussi de banques partenaires des incubateurs dotées pour certaines de pôles dédiés à l’innovation donnant accès à des financements évolutifs. «La problématique de levée de fonds reste un sujet compliqué avec beaucoup de codes et un vocabulaire spécifique. Le rôle des incubateurs est justement de favoriser la montée en compétences dans différents domaines dont le financement», analyse Julia Mariton, ancienne directrice du Quai Alpha. Si un tiers des start-ups incubées dans les Vosges a eu recours à la love money, aux business Angels, aux fonds d’investissement, certaines ont également pu bénéficier de l’engagement financier d’industriels locaux. Mieux identifiées et mieux comprises qu’il y a dix ou vingt ans, les start-ups bénéficient aujourd’hui d’un parcours mieux fléché. Malgré les incertitudes politiques et les crises internationales, l’édition 2026 de l’observatoire Blue Omingmak vient de révéler la radiographie des levées de fonds des start-ups du Grand Est. Contrairement aux prévisions pessimistes qui misaient sur des investisseurs prudents et des conditions qui se durcissent, les chiffres mettent en lumière une autre réalité avec 295 millions d’euros levés en 2025, contre 154 millions en 2024.

Défendre son projet 

Si aux États-Unis, des Business Angels financent des idées, la situation est différente en France. Selon les experts, seulement un dossier sur 300 obtient le financement escompté dans le Grand Est. «Dans l’entrepreneuriat, il y a une part de chance et de hasard de la rencontre. Et il y a aussi l’énergie mise pour provoquer ces rencontres», estime un expert. Au moment de passer devant un jury ou devant des banques plus classiques, l’enjeu est de «présenter le même argumentaire, maîtriser son pitch, la promesse faite et surtout avoir une vision», prévient Mélanie Glibusic qui est déjà parvenue à relever deux fois le défi. C’est toute la difficulté de choisir le bon moment pour cette étape essentielle, qui n’est pas une fin en soi. Si la médiatisation passée a révélé des fonds prédateurs, l’autre inquiétude pour le dirigeant est de pouvoir garder la main tout en acceptant de diriger différemment. «On a conscience qu’il faut rendre des comptes sur les évolutions et l’état de situation de l’entreprise ce qui nous conduit à une autre dimension de la gestion. En revanche, à la fin, la décision m’appartiendra toujours. Ça veut dire que j’ai conservé la majorité, c’est mon choix qui limite de fait ma capacité à lever», explique Mélanie Glibuvic.


Des PME tout aussi concernées

Si la levée de fonds a le vent en poupe pour les jeunes pousses innovantes, elle est aussi utilisée pour les entreprises plus anciennes qui veulent changer de cap. La preuve avec Jacques Bachmann, le fondateur de Noremat qui y a eu recours, il y a trois décennies. Aujourd’hui éloigné de l’univers entrepreneurial, il accepte d’évoquer cette «expérience bénéfique» autour d’un effet de levier significatif, rassurant les banques traditionnelles. «La levée de fonds n’a pas été une option, mais une nécessité. Et nous avons eu la chance de pouvoir compter sur une personne qui est venue nous rejoindre pendant un temps donné, qui avait des vraies compétences et qui nous a beaucoup apporté, notamment une vision». Mais pour que l’aventure collective fonctionne, selon les dires de tous les concernés, elle doit être basée sur «une relation humaine et une confiance mutuelle». Ce sont les deux conditions sine qua non qui vont solder le succès de cette collaboration mise au service de la croissance de l’entreprise, quels que soient sa taille, son domaine d’activité ou son statut.

La levée de fonds reste un sujet compliqué avec beaucoup de codes et un vocabulaire spécifique