Comment endiguer la disparition des commerces de proximité au cœur des campagnes ? À l’heure où les fermetures se multiplient et où la concurrence des grandes surfaces et du e-commerce se fait féroce, La Madinoise est l’illustration que tout est possible, à force de travail et d’abnégation. C’est en tout cas, l’histoire d’Anaïs Adam qui après des années de salariat et des expériences à l’étranger s’est tournée vers l’entrepreneuriat, après la crise de la Covid. En Lorraine, elle pose ses valises à Pannes après avoir flashé sur une grosse demeure laissée à l’abandon. Et pourquoi ne pas y créer un commerce de proximité en pleine zone rurale ? C’est ainsi que l’aventure a débuté. L’emplacement stratégique, à cinq minutes du lac de Madine et de nombreux sites touristiques meusiens, sur un axe passant, à deux pas du lavoir les ont immédiatement séduits, elle et son époux. Après neuf mois de travaux de rénovation, elle ouvre son épicerie en septembre 2022. Et tout de suite, le succès est au rendez-vous pour ce site qui redonne vie au village. Mais deux mois et demi après l’inauguration, un diagnostic tombe, celui d’une leucémie qui remet tout en cause.
Une renaissance
En décembre 2022, la jeune femme ferme les portes de son commerce et s’engage dans un combat contre la maladie. Dix-huit mois après, au moment de sa rémission quand les médecins parlent d’un retour progressif au travail, en mi-temps thérapeutique, elle s’interroge et pense devoir revendre son commerce. Et là, une lettre arrive comme un signe du destin. Ayant déposé un dossier de demande de fonds européens, dans le cadre de la revitalisation des commerces en zone rurale qu’elle avait d’ailleurs oublié… la réponse positive lui permet de relancer la machine en avril 2024, avec une trésorerie suffisante. C’était il y a deux ans. Secondée d’un salarié, il lui a fallu reprendre ses marques et adapter son activité. «Je suis repartie en cuisine pour valoriser tous les produits frais qui n’étaient pas vendus avec l’obsession de ne rien jeter et avec l’envie de proposer une ardoise et des plats du jour», confie la jeune entrepreneuse qui comprend vite que face aux contraintes de la ruralité, son salut passera par «un commerce polyvalent».
Se réinventer
À La Madinoise, trois activités cohabitent dans un même lieu avec une épicerie où les clients peuvent trouver de l’huile, des farines, du sel, des fromages, de la charcuterie, des fruits & légumes, des boissons… la partie traiteur à emporter avec des petits bocaux, des quiches et des tartes mais aussi le restaurant. Cette année, l’enseigne a investi dans une licence 4 avec «la volonté d’augmenter le panier moyen et de faire déguster des nouvelles références régionales». Pour se démarquer, Anaïs innove en proposant des événements une fois par mois pour son commerce ouvert de 10h à 15h en semaine (lundi-jeudi-vendredi) et de 10h à 18h les samedis et dimanches. Cet été, des soirées festives autour d’apéritifs ou de concerts devraient être organisés. Aujourd’hui récompensée du label Initiative Remarquable pour son engagement, celui de la valorisation des produits locaux, de la gestion de ses stocks et sa philosophie de ne rien jeter, la jeune commerçante est fière d’être parvenue à construire «une cuisine sincère dans un cadre chaleureux où chaque client peut trouver ce qu’il recherche, un paquet de chips artisanal ou un plat à déguster».