Décryptage
Climat

Le coût économique exorbitant des vagues de chaleur

Fort ralentissement de l'activité économique, chômage... Les vagues de chaleur constituent un risque économique structurel pour l'Europe et les politiques publiques ne sont pas conçues pour le contrer, selon une récente étude d'Allianz Trade.

© Adobe stock.

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L'Europe s'inquiète de la dépendance de son économie aux hydrocarbures, mais l'impact du réchauffement climatique devrait la préoccuper tout autant. Les pertes cumulées des PIB des économies les plus exposées aux vagues de chaleur pourraient atteindre 5 à 7 % sur la période 2026-2030, d'après une étude d'Allianz Trade, spécialiste de l'assurance-crédit entreprise, publiée le 28 mai. « Les vagues de chaleur extrême apparaissent comme un risque économique structurel », estiment les experts. Leur scénario : les cinq années les plus chaudes observées dans chaque pays entre 2014 et 2024 se reproduisent sur la période 2026-2030. L'hypothèse de base : la production horaire diminue d’environ 1,3 dollar pour chaque degré dans la fourchette de 30 à 35 °C. Le résultat : la France, qui fait partie des pays les plus exposés, connaîtrait une perte cumulée de son PIB de 240 milliards de dollars sur la période 2026-2030, l'Italie, de 147 milliards, et l' Allemagne, de 131 milliards.

Au delà des chiffres, vertigineux, les experts déroulent le fil des conséquences macro-économiques de la chaleur. A commencer par la réduction des recettes fiscales résultant de la perte de production économique. Ces pertes annuelles atteindraient 1,8 % en France, 1,3 % en Italie et en Espagne et 0,7 % en Allemagne. A rebours, les dépenses publiques augmenteraient en raison des transferts indexés sur l’inflation, des coûts de santé et de la réparation d’urgence des infrastructures. Résultat, une détérioration des soldes budgétaires (environ 0,5 % du PIB, par an, en moyenne). La croissance à long terme aussi promet d'être compromise par une baisse des investissements, une probable dynamique stagflationniste accompagnée d'une augmentation du chômage. Avec à la clé, pour les autorités monétaires, « un dilemme particulièrement aigu dans la zone euro, où un taux directeur unique doit s’appliquer à des économies présentant des expositions climatiques très divergentes », pointe l'étude.

Inadaptation des politiques publiques

Une conjonction de dynamiques fait des vagues de chaleur ce « risque économique structurel » face auquel les sociétés et les politiques publiques sont mal armés, d'après l'étude. En effet, les épisodes de stress thermiques ont été multipliés par sept depuis les années 1980. Or, le cadre dans lequel se déroulent ces épisodes y est particulièrement sensible : une population vieillissante, un parc immobilier urbain dense conçu pour retenir la chaleur et des infrastructures de refroidissement largement sous-développées. En particulier, le taux de pénétration de la climatisation est de 19 % en moyenne en Europe, contre environ 90 % aux États-Unis. Face à cette situation, « en Europe, les politiques d’adaptation à la chaleur visent principalement à indemniser les pertes plutôt qu’à les prévenir », pointe l'étude. Mettre une politique publique préventive en place nécessiterait une action coordonnée dans quatre domaines : « la réglementation du travail, les bâtiments, les finances publiques et les ménages », d'après les experts qui se référent aux travaux du GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Aujourd'hui, « aucune grande économie européenne ne dispose de ces quatre éléments », poursuit l'étude. Les manques sont particulièrement criants en matière de réglementation du travail. Par exemple « les protections ont été conçues autour de contrats types et laissent les travailleurs les plus exposés à la chaleur largement en dehors du régime ». Quant à l' « architecture budgétaire », si les grandes économies européennes disposent bien d’une stratégie nationale d’adaptation, en général, « la réponse se résume (…) à des plans d’urgence ponctuels – et chaque épisode épuise discrètement la marge de manœuvre budgétaire qu’une adaptation ex ante aurait pu utiliser pour atténuer le suivant », selon Allianz Trade.