« L’érosion de la biodiversité est un phénomène mondial qui touche la France dans toutes ses composantes – les milieux terrestres, les milieux aquatiques et marins. La France n’est pas épargnée et elle est même particulièrement touchée parce qu’elle fait partie des pays qui ont la plus grande diversité mondiale, avec une très forte diversité d’espèces et d’écosystèmes qui n’existent que dans nos territoires et une grande responsabilité maritime, puisque nous avons le deuxième domaine maritime mondial. » Tel est l’état des lieux que le directeur du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Sébastien Montcorps, a présenté à la commission de l’Aménagement des territoires et du Développement durable du Sénat, le 13 mai dernier, au cours d’une table ronde sur la situation de la biodiversité en France.
Un déclin qui ne fait que s’aggraver, malgré les initiatives de protection
Deux grands baromètres de l’UICN permettent de mesurer le déclin de la biodiversité en France, et notamment Outre-mer où se situe 90% de la biodiversité française. La liste rouge des espèces menacées évalue le risque qui pèse sur près de 20 000 espèces sur le territoire français. Il en ressort que 3 721 espèces sont actuellement menacées de disparition – dont 14% des espèces de mammifères, 24% des espèces de reptiles et d’amphibiens, 28%, des espèces de crustacés et 32% des espèces d’oiseaux nicheurs. Et la tendance est à l’« aggravation de la situation », a-t-il précisé, avec « un déclin très marqué des espèces d’oiseaux dans les milieux agricoles » et « des animaux marins ».
Quant à la liste rouge des écosystèmes, elle montre que la moitié des écosystèmes littoraux et des forêts de montagne sont menacés, ainsi que 20% des forêts méditerranéennes.
Depuis l’accord signé en 2022 lors de la COP15 Biodiversité, la France s’est engagée, avec plus de 200 autres pays, à mettre la nature sur la voie de la restauration. Mais l’érosion de la biodiversité se poursuit en France, malgré les initiatives de protection à l’échelle nationale et internationale. Pour endiguer ce déclin, « il faut, simultanément, réduire les pressions sur les écosystèmes – la dégradation et l’artificialisation des milieux naturels, la surexploitation, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes – et renforcer nos actions pour la protection et la restauration de la nature », a expliqué Sébastien Montcorps.
La protection « effective », une solution qui a démontré son efficacité
Directrice générale de WWF France, Véronique Andrieux a présenté aux sénateurs les conclusions du rapport France Biodiversité 2025 récemment publié par cette organisation qui lutte pour la préservation du vivant. « L’état des milieux naturels en France est profondément dégradé et continue de décliner », a-t-elle résumé, avant de préciser que le territoire a perdu la moitié de ses zones humides depuis 1950, la moitié du puits de carbone issu des forêts en l’espace de dix ans, et qu’un tiers des raies, requins, cétacés et espèces marines sont menacés.
« La situation peut sembler particulièrement alarmante », mais l’objectif du rapport de WWF France est de montrer que « quand on protège de manière effective, c’est-à-dire dans la durée et avec des moyens humains et financiers soutenus, cela fonctionne ». Et d’illustrer son propos avec l’exemple des flamants roses, quasiment disparus il y a 50 ans en France : grâce à une action de protection « effective », il y a environ 70 000 flamants roses en Provence et en Camargue. « La protection réglementaire – telles que les directives Oiseaux ou Habitats – ne suffit pas à réduire les pressions les plus significatives sur les milieux. Ce qui fonctionne ce sont les plans nationaux d’action ou le programme LIFE, avec des financements qui s’inscrivent dans la durée. » Ainsi, pour le vautour moine, il a fallu vingt ans pour passer d’un couple à 55 couples. « C’est ce temps long qui compte. » Or, sur les 675 espèces protégées en France, seules 6% bénéficient d’un plan national d’action.
« Il reste beaucoup à faire », mais « on sait comment faire » et « le faire bien »
Pour freiner le déclin de la biodiversité, il faut « maintenir et pérenniser les dispositifs de protection qui ont fait leurs preuves » mais aussi « restaurer », a poursuivi Véronique Andrieux . La France s’apprête justement à se doter d’un Plan national de restauration de la nature, en septembre prochain. Or, « le projet de texte que nous avons vu n’est pas à la hauteur, il n’a pas assez d’ambition », notamment en ce qui concerne les forêts, l’agriculture biologique ou les zones de protection forte dans les milieux marins.
Enfin, pour ce qui des moyens financiers nécessaires, « il y a des pistes qui ne coûtent rien à l’État ». À commencer par les subventions accordées à des activités dommageables à la biodiversité qu’il faudrait « mieux dépenser », le principe pollueur-payeur et préleveur-payeur qu’il faut « appliquer mieux et davantage », ou la contribution volontaire des entreprises à travers les certificats biodiversité.
« Il reste beaucoup à faire. On sait comment faire, on sait le faire bien, mais le delta entre ce qu’il faudrait faire et ce que l’on fait est encore très important. » C’est une question « de vision et de cap, et de portage politique, de long terme ».