A forte teneur politique. Le 21 février, à Paris, Emmanuel Macron, président de la République, a inauguré un salon de l'agriculture qui s'ouvre sur fond de crise profonde du secteur avec, à l'horizon, l’élection présidentielle. Trois jours plus tôt, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA rappelait la vocation du salon : «Célébrer l'agriculture française», être un lieu «de convivialité et d'échanges, de joie et de découverte». Mais l’événement ne doit pas servir de «décor» qui masque une situation «alarmante», a pointé Arnaud Rousseau. De fait, le secteur s'enfonce depuis plusieurs années dans une crise qui comporte de multiples dimensions. Parmi elles, l'impact du changement climatique. Ce mois de février, il se matérialise dans les très fortes crues qui causent d'immenses dégâts chez les agriculteurs. Avec l'absence de bovins, - une première – le salon, loin d'être un «décor», illustre l'une des difficultés du monde agricole : la succession de «crises sanitaires inédites», relève Arnaud Rousseau. Parmi elles : la DNC, dermatose nodulaire contagieuse, -pour laquelle 3 000 bovins ont été abattus-, mais aussi la grippe aviaire, la tuberculose (bovine)…
Le modèle socio-économique même de l'agriculture est malmené, ce qui se traduit, notamment, par une baisse de la production. «La tendance est à la baisse, alors que la consommation n'a pas diminué. La production est donc remplacée par des importations souvent de qualité inférieure à ce que nous produisons. L'agriculture française est en danger», souligne le président de la FNSEA. Or, les trois années de tensions et de fortes mobilisations du monde agricole au niveau national et européen – notamment contre le traité de libre-échange avec le Mercosur ou sur les orientations de la PAC, politique agricole commune- n'ont pas abouti à un «changement de logiciel», au niveau politique constate Arnaud Rousseau. En conséquence, le salon sera «le temps du lancement de l'élection présidentielle sur le plan agricole. Il doit se traduire par un engagement. Nous voulons un projet pour l'avenir avec des solutions pérennes», prévient-il à l'adresse des hommes et femmes politiques, candidats- déclarés ou pas – à l’élection, nombreux à être attendus sur le salon (Gabriel Attal, Sarah Knafo, Bruno Rotailleau...).
Une loi d'urgence.. sans urgence ?
Toutefois, sur certains sujets, «il y a urgence à agir. (..) Cela ne peut pas attendre 2027», plaidait Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA. Un mois plus tôt, sur fond de colère du monde agricole, plusieurs des revendications du syndicat avaient été entendues et reprises par le gouvernement. Le 13 janvier, Sébastien Lecornu, Premier ministre, avait annoncé des mesures et un projet de loi concernant trois sujets : l'eau, la prédation et les «moyens de production». Autant de thèmes sur lesquels les tensions sont extrêmes, tant enjeux écologiques et de production paraissent difficilement conciliables. Le Premier ministre a annoncé une orientation en faveur des enjeux de production. Avec, par exemple, comme demandé par la FNSEA, une gestion de la ressource hydrique plus favorable aux agriculteurs.
Concernant la prédation, «il faut octroyer à tous les éleveurs la possibilité de défendre leurs troupeaux face aux prédateurs (…) C'est un sujet très attendu sur le terrain», a prévenu Luc Smessaert. Parmi les espèces redoutées : les ours, les vautours et bien entendu, les loups. Pour ces derniers, l'augmentation du nombre d'animaux qui peuvent être tués, annuellement, juste accordée par le gouvernement, est jugée très insuffisante par le syndicat. Et enfin, sur les «moyens de production», la FNSEA plaide notamment pour un assouplissement des conditions d'utilisation de biocides et produits vétérinaires. A ce titre, propose Luc Smessaert, la France pourrait adopter un «principe de reconnaissance mutuelle systématique», à savoir la possibilité d'utiliser une substance employée dans un autre pays européen. Une mesure était très attendue : la réintroduction de l'acétamipride, insecticide controversé, après l'échec de sa réintroduction via la loi Duplomb. Ce ne sera pas le cas, a prévenu la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard dans une interview au «Figaro», quelques jours plus tard.
Mais la FNSEA nourrit une autre inquiétude, au sujet de la loi «d'urgence». Le Premier ministre avait précisé qu'elle serait inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres en mars pour être examinée par le Parlement avant l'été. La FNSEA redoute que la loi ne voit pas le jour avant le mois d'octobre.