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Décryptage

Les experts-comptables contre-attaquent

 Les experts-comptables se sont réunis pour leur 81e congrès, à Paris, autour d'un constat fort : la nécessité de repenser leur métier en profondeur. Mais aussi, avec un motif de satisfaction : les premiers pas de la facturation électronique.



© William JEZEQUEL

© William JEZEQUEL

Les intitulés en disent long sur le bouleversement de l'époque. Le Medef avait choisi le «Courage». L'Ordre des experts-comptables a intitulé « (Re)Fondation des cabinets . Environnement, valeurs, compétences» son 81e congrès annuel qui s'est tenu du 16 au 18 septembre, à Paris. Dans une salle comble, plusieurs intervenants se sont succédé durant la séance plénière d'ouverture, qui a confirmé la nécessité pour la profession de faire face aux bouleversements qu'elle subit : facturation électronique, lA, automatisation des processus, financiarisation, évolution des attentes des clients. «Il ne s'agit pas d'une simple évolution», a souligné Damien Charrier, président du Conseil national de l'Ordre des experts-comptables (Cnoec). « Aujourd'hui, on n'en n'est plus à chercher à optimiser l'existant. On en est surtout à se poser la question de savoir ce que sera demain un cabinet utile, différenciant et aussi toujours rentable », a commenté Pierrick Chauvin, l'un des rapporteurs du congrès, donnant voix aux inquiétudes.

Pour répondre à ces dernières, le congrès propose la voie d'une « Refondation », qui repose sur quatre piliers : la réglementation professionnelle, l'offre de valeur -se tourner vers plus de conseil, d'accompagnement stratégique-, les compétences- intégrer de nouveaux profils, accompagner le changement en interne- , et la relation et expérience client. Pour celle-ci, «pendant des années, nous avons essayé de produire plus vite, de manière plus intense et efficacement, et parfois, nous avons perdu le lien avec nos clients. L'idée, grâce au temps que nous allons gagner avec l'automatisation, est de réinvestir sur ce qui crée véritablement de la valeur, par rapport à des acteurs qui vont proposer des solutions 100% digitales : écouter, anticiper, rassurer, être au quotidien auprès de nos clients », a argumenté Charlotte Pachabeyian, rapporteuse générale du congrès.

Facturation électronique

Lors de la séance plénière, ont également été évoqués plusieurs sujets au cœur de la relation entre les experts-comptables et la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) à Bercy, interlocuteur naturel de la profession. Parmi eux : la lutte contre l'exercice illégal du métier, le data lake de l'Ordre, ou encore Expert-ID, application qui atteste de l’identité numérique professionnelle des experts-comptables, lancée au précédent congrès.

Mais les échanges se sont surtout concentrés sur la facturation électronique, l'échéance du 1er septembre juste passée. «70% des entreprises déclarantes à la TVA, qui constituent notre cœur de cible, ont déjà désigné leur solution de réception. Et 5 millions de factures électroniques ont déjà été échangées (… ) c'est au delà de nos attentes», a déclaré David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publiques, qui avec Amélie Verdier, directrice générale de la DGFiP, a souligné l'apport majeur des experts-comptables.

D'après une récente enquête de ces derniers, la quasi-totalité des cabinets ont mené au moins une action auprès de leurs clients sur la facturation électronique. Pour la suite, «nous allons continuer à accompagner les cabinets, pour faire remonter les éventuelles difficultés auprès des bons interlocuteurs », a précisé Dominique Perier, responsable des projets numériques au Cnoec. Et tous sont unanimes à juger que les étapes les plus complexes sont à venir, avec l'échéance de septembre 2027, celle de l'obligation des PME d'émettre des factures électroniques. En outre, il y a les «inquiétudes légitimes», selon les mots de David Amiel, nées des cyberattaques subies par Bercy cet été. Le ministre s'est voulu rassurant : «les plateformes agréées sont soumises à des exigences record de certification et d'hébergement » a-t-il rappelé.