Globalement, un ordinateur, qu’il s’agisse d’un serveur, d’un PC classique ou d’un smartphone, se concentre autour de trois principaux composants : un processeur, chargé de l’ensemble des calculs, de la mémoire vive, qui sert d’espace de travail au processeur, et un espace de stockage, où sont enregistrées les données et les applications. Tous ces composants proviennent de l’industrie des semi-conducteurs.
Selon le site Pangoly, qui surveille l’évolution des prix des composants des ordinateurs personnels, les tarifs de la mémoire vive (la RAM) ont explosé au cours des derniers mois. Le prix de la barrette mémoire DDR5 de 8 Go a été multiplié par quatre, passant de 33 dollars à 147 dollars entre le 1er juin 2025 et le 1er juin 2026. Une forte hausse a également touché les unités de stockage Flash, les SSD. Les modèles de 500 Go ont vu leur prix quasiment doubler sur un an, pour s’établir en moyenne à 132 dollars.
Ces hausses importantes forcent les constructeurs de PC à réagir, soit par une inflation des prix, les PC portables professionnels bien équipés se négociant aujourd’hui aux alentours des 1 500 euros, contre 1 000 euros un an plus tôt, soit par une ‘shrinkflation’ des produits : les PC portables dotés de 16/512 Go sont progressivement remplacés par des modèles plus modestes, équipés de seulement 8 Go de mémoire RAM et 256 Go d’espace de stockage Flash.
Un seul coupable : les infrastructures d’IA générative
Un premier coup de semonce avait été tiré lors de la pandémie du Covid-19 : la forte demande en ordinateurs personnels (pour répondre aux impératifs du télétravail), ainsi que des difficultés de production et de logistique avaient provoqué une pénurie de composants. Après cette crise, qui s’est étalée de 2020 à 2023, les fabricants de PC espéraient un retour rapide à la normale.
Hélas, personne n’avait anticipé l’incroyable décollage des IA génératives. Lancé le 30 novembre 2022, ChatGPT a franchi le cap des 100 millions d’utilisateurs enregistrés en seulement deux mois. Début 2026, il dépassait le cap des 900 millions d’utilisateurs actifs. Or, la puissance requise pour faire fonctionner des modèles d’IA générative avancés et les mettre à la disposition d’un large public est colossale. Des dizaines de milliers de serveurs doivent être déployés pour répondre aux besoins de ce nouveau marché. Une demande forte, qui met l’industrie des semi-conducteurs d’autant plus sous tension que ces serveurs requièrent des quantités très importantes de mémoire vive, mais aussi de stockage Flash.
Le marché des PC impacté, tout comme celui des smartphones
Le phénomène est tellement inédit qu’il porte aujourd’hui un nom : la RAMpocalypse (ou RAMageddon). Un terme toutefois inapproprié, puisque cette crise touche aussi le monde du stockage Flash. Même les industriels gravant des puces moins avancées sont touchés, alors que leurs usines ne produisent pas de composants utilisés sur des serveurs IA. Car ils subissent la pénurie de wafers, ces galettes sur lesquelles sont gravés les semi-conducteurs.
Les usines ont beau tourner à plein régime, le fort déséquilibre entre l’offre et la demande fait exploser les prix. Ce phénomène est ‘boosté’ par le fait que les composants dédiés aux serveurs sont vendus plus cher, à capacité équivalente, que ceux dédiés au grand public. Si certaines commandes des géants de l’IA ont été annulées, la demande reste trop forte pour espérer un retour rapide à la normale.
L’essentiel des hausses serait encore à venir, car les grands constructeurs de PC ne peuvent plus jouer ni sur leurs volumes d’achats, ni sur leurs stocks pour contenir les prix de leurs machines. Les constructeurs de smartphones subissent également cette tendance : selon une étude du cabinet IDC, il faut s’attendre à un recul des ventes de plus de 12% en 2026. D’autres produits électroniques devraient être impactés – du téléviseur à la machine à laver, en passant par la console de jeux vidéo – soit directement par une hausse des prix, soit indirectement par une baisse des caractéristiques techniques ou une réduction de l’offre. La plupart des analystes estiment qu’il faudra attendre 2030 pour un retour à la normale.