Portrait
Construction

Vers la naissance d’une filière modulaire

Installée en Meuse depuis trois décennies, l’entreprise 1 2 3 Modules spécialisée dans la construction modulaire clef en main pourrait être la clé de voûte du futur cluster modulaire qui représente une vraie opportunité en Meuse de voir émerger une filière avant la fin de l’année. Partie prenante de ce projet, au côté de l’industriel, la CCI Meuse Haute-Marne souhaite s’appuyer sur l’organisme de formation, Forma’Cargo. Les trois partenaires n’en sont plus à valider ce concept, mais bien à contractualiser son intégration opérationnelle.

Une rencontre qui peut tout changer… et qui pourrait en tout cas favoriser la création d’une filière en Meuse née d’une convergence d’opportunités entre un besoin local, une entreprise industrielle et une solution de formation innovante. En faisant la connaissance de Sébastien Chanel, le patron d’1 2 3 Modules, il y a deux ans, lors de la manifestation Perspectives Business de l’Andra, Richard Papazoglou le président de la CCI Meuse Haute-Marne s’est immédiatement intéressé à la construction modulaire hors site. Si elle ne représente en France que 0,8% de la construction contre 20% en Allemagne ou 50% en Suède, cette filière en plein essor offre des avantages non négligeables avec un gain de temps spectaculaire par rapport aux chantiers traditionnels, sans faire l’impasse sur la législation alors que son coût reste moins élevé. Confronté à une surpopulation carcérale de 136%, le ministère de la Justice ne s’y est d’ailleurs pas trompé avec un vaste programme de 3 000 places en construction modulaire réparties sur 17 sites en France. Implantée sur deux sites stratégiques, l’un à Vigneulles-Lès-Hattonchâtel sur 45 hectares pour le modulaire en acier et l’autre à Chauvoncourt pour le bois, 1 2 3 Modules «représente un vrai potentiel pour développer une filière d’autant plus que nous avons en Meuse des besoins en lien avec le projet industriel Cigéo et au fait que nous allons devoir loger rapidement des travailleurs nomades. Le modulaire avec toutes ses capacités d’adaptation peut répondre aux besoins d’intégration territoriale», analyse Richard Papazoglou. Si l’entreprise a pendant longtemps décroché des marchés hors de son département d’origine, elle affiche désormais une volonté d’ancrage local.

Le démonstrateur

La première réalisation de ce rapprochement avec l’industriel s’est concrétisée il y a quelques mois lorsqu’il a fallu «exfiltrer» en urgence une commerçante de la galerie marchande d’Auchan qui avait fermé ses portes en mai 2025. Pour préserver les cinq emplois, la CCI s’est engagée en investissant et en misant sur une construction modulaire en bois, haut de gamme, «bien loin de l’image des algécos des années 80» pour trouver un nouveau point de chute à l’enseigne. De son côté, l’industriel a travaillé en amont avec l’architecte de la dirigeante pour prendre en compte toutes les spécificités de son activité. «Le modulaire s’est vite imposé comme une solution innovante dans ce portage immobilier qui est avant tout un démonstrateur de ce qui pourrait être fait demain localement. Il faut aussi avoir à l’esprit que le savoir-faire est sur notre territoire», ajoute le président de la CCI Meuse Haute-Marne, mettant en avant les intérêts en termes de CO2 et de bilan carbone. Au-delà de la présence du spécialiste du modulaire sur mesure, un autre maillon de la chaîne est venu se greffer à l’aventure : Forma’Cargo, l’organisme de formation spécialisé dans la construction modulaire hors site par revalorisation de containers maritimes. Créée en 2021 en Moselle par Éric Annezer, l’association a développé un nouveau diplôme certifiant d’ouvrier de la construction modulaire hors site.

La formation, la dernière brique au projet

Après avoir organisé des formations à partir d’un plateau technique itinérant dans différentes régions, Éric Annezer vient de vivre une première expérience en Lorraine. C’est au sein de l’entreprise 1 2 3 Modules de Chauvoncourt que dix jeunes ont fait leurs premières armes entre le 23 mars et le 22 mai derniers avec l’enjeu de maîtriser «les fondamentaux de la cargotecture», (à la croisée des métiers de l’industrie et du bâtiment). «Notre spécificité est que les apprenants ne travaillent pas sur des maquettes mais bien sur la conception de véritables modules accompagnés par des formateurs expérimentés», précise Éric Annezer. Engagé dans ce projet collectif, le Mosellan se verrait bien poser ses valises en Meuse. Tout est désormais en ordre de marche pour créer cette nouvelle filière alors que la CCI Meuse Haute-Marne est entrée fin mai au capital de l’EESC. Si avec cette opération, les Meurthe-et-Mosellans vont ouvrir une nouvelle zone de chalandise sur la Meuse et la Haute-Marne, Richard Papazoglou souhaite de son côté «proposer d’autres produits qui répondent aux besoins de notre territoire. Nous étudions les derniers éléments techniques et financiers pour être prêts rapidement. Mais l’idée est que 1 2 3 Modules soit le pivot central de cette filière». Tous parient sur la création d’un écosystème autosuffisant. Reste à jouer collectif pour que ce projet aboutisse.

«Le modulaire s’est vite imposé comme une solution innovante»