Décryptage

Nucléaire : les PME au cœur de la relance industrielle

La France relance son programme nucléaire avec la construction de six nouveaux EPR2. Derrière les grands donneurs d'ordre, cette ambition repose sur un tissu de PME appelées à monter en puissance. En Bourgogne-Franche-Comté, où la filière représente 23 000 emplois, l'entreprise EML illustre les opportunités mais aussi les défis de cette nouvelle donne industrielle.

La Bourgogne-Franche-Comté ne possède aucune centrale nucléaire, mais elle occupe une place stratégique dans la filière. Selon le Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire (GIFEN), elle compte 270 établissements et près de 23 000 salariés, soit 15% de l'emploi industriel régional. Autour de Framatome, au Creusot et à Saint-Marcel, du CEA Valduc ou encore de GE Vernova, un réseau de PME fournit des équipements et des savoir-faire indispensables au secteur. À Champforgeuil, près de Chalon-sur-Saône, la PME EML fait partie de ces entreprises. Experte dans les machines spéciales et la maintenance, elle a rejoint, avec huit autres PME régionales, la première Grappe du programme d’Excellence opérationnelle de la filière nucléaire (PEON), lancée par le GIFEN. Ce programme est financé à 50% par la Région Bourgogne-Franche-Comté, soit 250 000 euros.

Monter en compétences pour gagner en compétitivité

«Nous sommes fière d’être la première grappe nationale du programme PEON. L'objectif est de faire monter les entreprises en compétences sur la qualité, la sûreté et la performance industrielle», explique Arnaud Bélorgey, chargé de mission à la Région Bourgogne-Franche-Comté. Au-delà du nucléaire, ces standards doivent permettre aux PME d'accroître leur compétitivité par ricochet, dans d'autres secteurs, comme l’automobile, l'aéronautique ou la défense. Pour Christophe Véron, responsable du programme PEON, la relance du nucléaire marque un changement d'échelle. «Pendant vingt ans, la filière a essentiellement entretenu le parc existant. Désormais, il faudra exploiter les réacteurs actuels tout en construisant les futurs EPR2. Nous accompagnons des entreprises déjà performantes pour les amener vers l'excellence». 

La question du partage de la valeur

Si les perspectives sont réelles, les PME alertent néanmoins sur les conditions économiques de cette montée en puissance. «On nous demande toujours plus de qualité et de procédures. Tout cela a un coût et il n'est pas toujours reconnu dans les appels d'offres», observe Patrice Laurent, dirigeant d'EML. L'entrepreneur regrette également des échanges limités avec les équipes techniques des grands donneurs d'ordre. «Nous sommes des partenaires, pas seulement des fournisseurs de devis». Pour réussir la relance nucléaire, les PME devront investir, recruter et moderniser leurs outils de production. Encore faudra-t-il que la valeur soit mieux partagée entre les différents maillons de la filière. C'est à cette condition que le tissu industriel régional pourra répondre aux ambitions affichées par la France.