Loin d’être un trait de caractère lié à une génération volatile, ce phénomène s'impose comme une réponse directe aux mauvaises pratiques corporatives. L'enquête de Delphine Minchella, chercheuse à l’EM Normandie, met en lumière des processus disproportionnés, des tests en ligne chronophages sans aucun retour, ou l'annonce tardive de salaires jugés dérisoires.
Les candidats, dont 50 % à 77 % ont déjà été ignorés par un recruteur au moins une fois, appliquent un juste retour des choses. Ce comportement s'avère avant tout situationnel, motivé par un sentiment d’injustice.
Une reprise de pouvoir psychologique
Disparaître sans laisser de traces devient un moyen pour le chercheur d'emploi de rééquilibrer une relation de force jugée asymétrique. L'étude identifie trois profils distincts : le ghosteur régulier usé par les abus, le ghosteur occasionnel blessé par un manque de respect ciblé, et le ghosteur accidentel dépassé par les événements. Bien que lourd émotionnellement, cet ostracisme organisationnel procure à de nombreux postulants un réel soulagement ainsi que la satisfaction de refuser aux entreprises le monopole de la décision finale.
Face à cette détérioration des relations professionnelles, les services des ressources humaines devront impérativement replacer l'humain au centre de leurs échanges sous peine de voir leurs viviers de talents s'assécher définitivement.