Décryptage
Agriculture

Salon de l'agriculture : bio, où es tu ?

L'agriculture bio représente 20% des emplois agricoles, mais sur le Salon de l'agriculture, ses représentants les plus importants étaient très peu visibles. Pour la Fnab, qui représente les producteurs, il manque une politique publique pour soutenir le secteur, en difficulté.


L’Agence Bio avait positionné son bus à l’extérieur du Salon de l’agriculture, devant lequel étaient réalisées des animations.

L’Agence Bio avait positionné son bus à l’extérieur du Salon de l’agriculture, devant lequel étaient réalisées des animations.

Les bovins n'étaient pas les seuls à manquer à l'appel au Salon de l'agriculture, à Paris, ce mois de février. Pour trouver l'Agence Bio, structure publique chargée de l’animation de l’écosystème du bio, il fallait se rendre à l'extérieur, devant le hall 2.2 : l'agence y avait positionné son bus devant lequel étaient réalisées des animations. « Il a fallu faire preuve d'imagination », reconnaît Bruno Martel, président de l'Agence Bio. L'an dernier, cette dernière a vu son budget drastiquement rétréci de 15 millions d'euros ( -60% environ). Alors, à défaut de louer un stand, comme l'année précédente, une nouvelle étape a été ajoutée à la tournée du bus qui sillonnait le pays pour sensibiliser les Français au bio.

Autre absent du salon, le Synadis Bio, syndicat professionnel des chaînes de magasins bio. Il a renoncé « au regard du poids financier que l’événement lui aurait coûté », relate Le Monde du 25 février. Les acteurs de ce secteur bio sont-ils bien accueillis ? « Au salon en général, malheureusement, non. C'est un très mauvais signal envoyé, non seulement aux agriculteurs, aux agricultrices bio, mais aussi aux consommateurs », s'emportait Alan Testard, secrétaire général de Futurs Bio à la Fnab, Fédération nationale d'agriculture biologique, questionné sur le sujet, lors d'une table-ronde du 24 février, l'un des très rares événements spécifiquement consacrés à l'agriculture bio. Lors d'un entretien, Olivier Chaloche, co-président de la Fnab confirme : « La bio est invisibilisée sur le salon. Pourtant, 60 000 fermes, c'est un vrai poids économique. Cela représente 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 20% de l'emploi agricole ».

Une situation « un peu ubuesque »

Pourtant, l'objectif -réaffirmé dans la loi d'orientation agricole de 2025, après avoir failli disparaître- demeure inchangé : atteindre 21 % de la surface agricole utile en bio d’ici à 2030, contre environ 10 % aujourd’hui. Or, en termes de nombre de fermes, « en 2025, pour la première fois, nous avons un solde négatif. Le phénomène est limité, ce n'est pas encore catastrophique, mais il est vraiment temps d'agir si on veut sauvegarder l'agriculture bio, faire en sorte qu'elle se redéveloppe. Cela signifie mettre en place des financements, des politiques publiques », prévient Olivier Chaloche.

Le décrochage des producteurs découle de la baisse de consommation subie par le bio depuis la fin de l'épidémie du Covid. Or, cette tendance s'est inversée : en 2025, la consommation des produits bio a domicile a augmenté de 3 à 4%, selon les premières estimations de l'Agence Bio, après + 0,8% en 2024. « Nous risquons de nous retrouver dans une situation un peu ubuesque, avec une consommation qui redémarre et un tissu productif qui a été abîmé. Résultat, nous risquons de ne pas avoir assez de production et donc d'importer à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Europe », pointe Olivier Chaloche.

Quant aux enjeux de souveraineté alimentaire et écologiques au cœur de la problématique agricole aujourd'hui, « il faudrait que l’État intègre l'agriculture bio à ces enjeux. Nous sommes une agence d’État. Nous pouvons être apporteur de solutions », signale Bruno Martel, rappelant l’autonomie de l'agriculture bio vis à vis d'intrants venus de Russie par exemple, et son caractère sécure sur les plans environnemental et de l'eau.

Aujourd'hui, de nombreux acteurs du secteur redoutent la suppression de l'Agence Bio. Le 23 février, sur le salon, Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, a inauguré le stand de son ministère et tenu un discours consacré au « grand réveil alimentaire », sans faire mention de l'agriculture bio, selon Le Monde.