Comment produire et consommer autrement sans faire de l’alimentation une nouvelle contrainte ? Pour Philippe Lemanceau, vice-président à Dijon métropole chargé de la biodiversité et de la transition alimentaire et président des Assises Territoriales de l’Agroécologie et de l’Alimentation, la réponse passe d’abord par les territoires. «Le thème des Assises, c’était : comment est-ce qu’on peut rendre les territoires acteurs de leur transition alimentaire ?», rappelle l’élu dijonnais. L’enjeu consiste à faire travailler ensemble acteurs économiques, monde académique, associations et citoyens afin de faire évoluer simultanément production et consommation.
Une philosophie déjà expérimentée par Dijon Métropole, qui ambitionne de faire passer de 15 % à 30 % la part des produits locaux de qualité dans son approvisionnement. La collectivité s’appuie notamment sur la restauration collective et la structuration de filières aujourd’hui déficitaires localement, parmi lesquelles les fruits, les œufs ou le poulet. «La commande publique, c’est un levier majeur de transition», insiste Philippe Lemanceau. La démarche doit également s’étendre à la restauration commerciale à travers un label valorisant notamment l’approvisionnement local.
«Les territoires sont prêts»
Cette logique territoriale est au centre de la déclaration adoptée à l'issue des Assises. Le texte avance 18 propositions et cinq priorités, parmi lesquelles la structuration de filières reliant production, transformation, distribution et consommation, mais aussi l’octroi aux territoires de moyens humains, réglementaires et financiers pérennes.
Au-delà du changement des pratiques agricoles, les Assises mettent l’accent sur l’accessibilité de l’alimentation et la participation des habitants. Philippe Lemanceau défend ainsi un triptyque : «apprendre ensemble, agir ensemble et contribuer ensemble à la gouvernance». Une approche qui rejoint la notion de «démocratie alimentaire» portée par la déclaration, laquelle entend associer citoyens, collectivités, producteurs et entreprises aux politiques alimentaires.
Pour Philippe Lemanceau, l’édition dijonnaise a surtout démontré la mobilisation des acteurs : «Ils ont dit et ils ont démontré que les territoires étaient prêts pour cette transition alimentaire. Ils sont engagés, ils ont partagé leurs expériences, ils demandent à être écoutés et soutenus». Un appel qui résume le message politique des Assises : moins que de nouvelles solutions, les acteurs locaux réclament désormais les moyens de déployer celles qui existent. Un constat également inscrit noir sur blanc dans leur déclaration finale.