Lors d’une conférence de presse organisée ce 7 octobre à Metz, le président de la Fédération des Travaux Publics Lorraine, Thierry Ledrich, a dressé un état des lieux particulièrement préoccupant. Au niveau national, les marchés conclus dans les travaux publics ont reculé de plus de 25% en euros constants entre janvier et fin juillet 2026, tandis que les carnets de commandes affichent eux aussi une baisse de 25% sur un an.
«Il faut agir maintenant pour éviter qu’un ralentissement économique déjà là ne se transforme en une crise durable de l’emploi et de l’investissement local», a résumé Thierry Ledrich. L’entité nationale, la FNTP, envisage déjà un recul d’activité de 7% qui pourrait se produire en 2027 si le rythme des commandes ne repart pas.Jusqu’à 24% de lots attribués en moins en Moselle
En Lorraine, les remontées de terrain du secteur évaluent un recul de leur chiffre d’affaires d’environ 10% en volume d'ici fin 2026.
Le nombre d’appels d’offres attribués sur douze mois glissants à fin juin tend à confirmer ce décrochage : -14% en Meurthe-et-Moselle, -19,6% dans la Meuse, -23,7% en Moselle et -13,9% dans les Vosges. Une situation inédite depuis la crise de 2014 et plus sévère encore que lors de l’épisode de la Covid-19 en 2020, d’après la FTP Lorraine.
Depuis la rentrée, certaines entreprises indiquent par exemple ne plus recevoir de demandes de devis, tandis que des commandes pourtant attribuées sont reportées ou suspendues pour des raisons budgétaires. Le bloc communal, qui représente plus de 60% de la commande publique, est particulièrement visé.
Pourtant, les besoins restent considérables : entretien des routes, ponts, réseaux d’eau et d’assainissement, adaptation au changement climatique ou encore accompagnement de la réindustrialisation. «Reporter sans programmer n’est pas une politique d’économie ; c’est souvent préparer une dépense plus lourde», alerte Thierry Ledrich.
Plus de 1 000 emplois menacés en Lorraine d’ici 2027 ?
La fédération redoute désormais que cette contraction des commandes ne se traduise par des conséquences sociales. Les entreprises réduisent déjà l’intérim et les CDD et reportent certains investissements. Dans les situations les plus tendues, le recours à l’activité partielle pourrait concerner jusqu’à 20% des effectifs.
La FTP Lorraine rappelle le précédent de 2014-2016 : le secteur avait alors perdu environ 16% de son activité et près de 30 000 emplois permanents et intérimaires au niveau national. En extrapolant cette situation au bassin lorrain, la fédération estime que plus de 1 000 emplois pourraient être détruits d’ici fin 2027 si la dégradation se poursuit.
Face à cette situation, son message tient en trois verbes : «programmer, engager, payer». Programmer, en donnant aux entreprises une visibilité pluriannuelle sur les projets ; engager, en lançant rapidement les opérations techniquement et financièrement prêtes, quitte à les phaser ; payer, enfin, en respectant les délais contractuels et en accélérant la validation des décomptes et avenants.
La FTP Lorraine demande également une réunion opérationnelle avec l’État, les collectivités et les principaux opérateurs, sous l’égide de la préfecture, afin d’identifier les opérations pouvant être accélérées et les commandes suspendues depuis la rentrée. «La Lorraine a des besoins, des projets et des entreprises. Elle ne doit pas perdre de temps», a conclu Thierry Ledrich.