En bref

Urssaf Picardie : 350% de saisies judiciaires en plus contre le travail dissimulé

L'Urssaf durcit sa lutte contre le travail dissimulé depuis plusieurs années. Son efficacité se confirme en 2025 avec un montant de 11,7 millions d’euros de redressements sur 488 actions engagées sur les trois départements picards.

L'Urssaf a pour rôle de collecter et redistribuer les cotisations et les contributions nécessaires au financement du modèle social français. À ce titre, elle veut garantir aux travailleurs le bénéfice d'une protection sociale liée à l'exercice de l'emploi dans un cadre légal, tout en assurant aux entrepreneurs le respect des règles sociales indispensables à une concurrence équitable. Dans ce cadre, le réseau des Urssaf lutte contre le travail dissimulé et poursuit sa politique d'amélioration du ciblage de ses contrôles.

«La lutte contre le travail dissimulé constitue une priorité pour l’Urssaf, confirme Valérie Hadet, la directrice régionale de l'Urssaf Picardie. Lorsqu’une entreprise fraude ce sont les salariés qui voient leurs droits sociaux compromis, les entreprises respectueuses des règles qui subissent une concurrence déloyale et, in fine, notre système de protection sociale qui est fragilisé». Au niveau national, l'Urssaf a ainsi pour objectif d’atteindre 5,5 milliards d’euros de redressement pour la période 2023-2027. Les redressements déjà enregistrés sur les trois premières années s’élèvent à 4,3 milliards d’euros, avec un montant moyen annuel double de celui observé sur la période précédente. En Picardie, 488 actions ont été engagées atteignant plus de 11,7 millions d’euros de redressements en 2025 : «Le montant des redressements au titre du travail dissimulé en cumul s’élève à 64 millions d’euros depuis 2023, expose la directrice régionale. L’Urssaf de Picardie a pour objectif d’atteindre 95,6 millions d’euros de redressement pour la période 2023 – 2027».

33% de contrôles en plus

Au-delà de la lutte contre le travail dissimulé, l’Urssaf mène aussi des contrôles dans une logique de prévention. Le nombre augmente de 33% en 2025 : 428 actions ont ainsi été menées contre 323 en 2024. Les principaux secteurs concernés par le travail dissimulé sont le bâtiment, l’hôtellerie et restauration, les entreprises de travail temporaire et la sécurité. Et depuis plusieurs années, l’Urssaf se mobilise également pour obtenir une sanction judiciaire devant les tribunaux correctionnels. «C’est dans cette logique que l’Urssaf Picardie a déposé plus de 40 plaintes et a plaidé 115 dossiers en 2025, communique l'organisme. Sur les 75 affaires de travail dissimulé qui ont été jugées, 25 ont abouti à des peines de prison avec sursis pouvant aller jusqu’à 12 mois. Une dizaine d’interdiction de gérer ont également été prononcées ainsi que des confiscations des biens saisis et même une privation du droit d’éligibilité de 2 ans».

Parmi les 46 dossiers concernés par cette collaboration, 24 ont abouti à des saisies judiciaires de biens immobiliers, mobiliers ou de comptes bancaires pour un montant de 2,3 millions d’euros en 2025 contre 516 000 euros en 2024 (soit une hausse de plus de 350%) et un montant cumulé depuis 2023 de 3,5 millions d’euros. L'Urssaf Picardie expose plus précisément le phénomène de fraude des sociétés éphémères : «Il s’agit de sociétés légales qui ne possèdent pas d’activité réelle et qui sont souvent utilisées pour des activités illicites et notamment dans le cadre de blanchiment. Les acteurs de l’économie souterraine développent des activités qui par nature échappent à la réglementation et au paiement des taxes et impôts par le contournement des charges de toutes natures. En quelques mois, elles peuvent souscrire des prêts, bénéficier d’aides, employer fictivement des salariés, etc... Ces pratiques faussent le jeu de la concurrence et portent atteinte au tissu économique local. Elles apportent également de l’insécurité. Ce phénomène de fraude se développe depuis plusieurs années. La collaboration entre l’ensemble des acteurs dédiés à la lutte est essentielle».

En juillet 2025, l’Urssaf de Picardie a signé une convention avec le Parquet d’Amiens, la DDFIP de la Somme (Direction départementale des finances publiques) et le greffe du tribunal de commerce d’Amiens pour lutter contre les sociétés éphémères. Les premiers résultats sont attendus en 2026.