Ce n’est pas une flambée soudaine du nombre d’arrêts de travail qui explique la hausse de l’absentéisme. Le phénomène est plus discret, mais plus lourd à absorber pour les entreprises : les absences durent plus longtemps. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude Malakoff Humanis sur l’absentéisme*. En 2025, le taux d’absentéisme atteint 4,3 % (4,3 jours d’absence pour 100 jours calendaires). Il progresse encore en un an et reste très supérieur à son niveau de 2019. Pourtant, la part des salariés arrêtés au moins une fois ne bouge que faiblement, tandis que le nombre moyen d’arrêts par salarié absent demeure quasiment stable.
Le vrai changement se situe ailleurs : dans la durée des arrêts. Ceux de plus de 60 jours représentent moins d’un arrêt sur dix, mais concentrent près des deux tiers des journées d’absence. Ce sont donc eux qui pèsent désormais le plus fortement sur le taux global d’absentéisme. Autrement dit, l’enjeu pour les employeurs ne se limite plus au nombre d’absences enregistrées, mais à leur durée, à leur suivi et aux conditions de reprise.
Deux logiques selon l’âge
L’étude distingue nettement les profils selon les générations. Chez les moins de 30 ans, les arrêts sont plus fréquents, mais plus courts. Certains jeunes salariés connaissent plusieurs arrêts dans l’année, sans que ceux-ci ne pèsent autant en durée que chez leurs aînés. À l’inverse, les salariés de 55 ans et plus sont moins nombreux à s’arrêter, mais leurs absences sont alors nettement plus longues. Dans cette tranche d’âge, les arrêts de plus de 60 jours représentent une part très majoritaire des journées d’absence.
L’étude met ainsi en évidence deux réalités différentes : d’un côté, une fréquence plus marquée chez les jeunes, de l’autre une durée plus lourde chez les seniors. Les cadres restent, eux, moins absents que les non-cadres. Mais leur absentéisme progresse plus vite depuis 2019, porté par l’allongement de la durée moyenne des arrêts. Les managers apparaissent également exposés : plus d’un sur deux déclare s’être vu prescrire au moins un arrêt de travail, en 2025.
Dégradation de la santé mentale
Parmi les arrêts de plus de 30 jours dont le motif est connu, la santé mentale arrive au premier rang, devant les troubles musculosquelettiques et la traumatologie. Ces trois familles de pathologies concentrent à elles seules l’essentiel des arrêts longs renseignés dans l’étude. Les écarts sont importants selon les profils. La santé mentale pèse davantage dans les arrêts longs des femmes que dans ceux des hommes. Elle est aussi plus présente chez les cadres que chez les non-cadres, à l’inverse, des troubles musculosquelettiques.
L’étude ne présente donc pas l’absentéisme comme un bloc homogène. Elle met en avant des causes et des trajectoires différentes selon l’âge, le statut, le sexe ou encore les conditions d’activité.
Santé-social, transport, industrie, plus exposés
Tous les secteurs sont concernés, mais pas au même niveau. Le taux d’absentéisme est le plus élevé dans la santé et le social, devant le transport-logistique, l’industrie et le commerce. À l’autre extrémité, les sciences et techniques ainsi que l’information-communication affichent des taux plus bas. Ce dernier secteur connaît toutefois, la plus forte progression depuis 2019. La taille de l’entreprise joue aussi : celles de grande taille enregistrent des taux plus élevés que les TPE. Sur le plan géographique, les Hauts-de-France, le Grand Est et la Normandie affichent les niveaux les plus importants, tandis que l’Île-de-France se situe en deçà de la moyenne nationale.
Le retour au travail, maillon sensible
Face à cette évolution, Malakoff Humanis identifie plusieurs leviers : mieux comprendre les facteurs de risque, renforcer la prévention, accompagner le retour au travail et contrôler les situations d’abus ou de fraude. Mais ces démarches restent encore loin d’être généralisées. Plus d’une entreprise sur deux n’a mis en place aucun dispositif de lutte contre l’absentéisme. Le retour au travail apparaît pourtant comme un moment clé. Selon l’étude, une large majorité de salariés juge la reprise difficile après un arrêt. Le temps partiel thérapeutique est également mis en avant : lorsqu’il est mobilisé après un arrêt long ou moyen, il est associé à une réduction du nombre de jours d’arrêt dans les trimestres suivants, selon les travaux de la chaire « Entreprise et santé » Cnam-Malakoff Humanis.
*L’étude croise les déclarations sociales nominatives de 3,8 millions de salariés, l’analyse de plus de 321 000 arrêts de plus de 30 jours sur la période 2020-2025, dont 135 000 avec motif renseigné, et un baromètre Ifop mené auprès de salariés, dirigeants et médecins généralistes.