Son ossature bois apparaît au détour d’une rue plutôt minérale à côté d’une imposante structure d’acier vitrée dans la continuité du quartier des Rives de Meurthe à Nancy. Avec ses poutres en chêne apparentes, le Cab’Inn (Centre d’apprentissage et d’innovation) est comme une extension naturelle du campus nancéien de l’ENSGSI (École nationale supérieure en génie des systèmes de l’innovation).
«Un bâtiment démonstrateur pour accélérer la transition écologique mais surtout un lieu d’intelligence collective et collaborative».
À l’intérieur de la structure, où l’odeur salvatrice et apaisante de résine capte d’emblée les sens du visiteur, Laure Morel, la directrice de l’ENSGSI, l’assure : «Le Cab’Inn doit rendre visibles et expérimentaux les principes de la transition écologique. Le bâtiment est lui-même un objet d’apprentissage, de recherche et de dialogue entre entreprises, institutions et citoyens».
Piloté par l’ENSGSI et l’Équipe de recherche sur les processus innovatifs (ERPI) de l’Université de Lorraine, le Cab’Inn est le fruit d’un vaste projet engagé depuis plusieurs années dans le cadre de la dynamique «Des Hommes et des Arbres» (DHDA). Le projet en a été lauréat en 2019 dans la catégorie «Territoires d’Innovation».
Avec 260 000 euros d’investissement pour sa construction (porté par plus d’une centaine de partenaires publics et privés) ce bâtiment 0% béton «est pensé comme une structure éphémère.
L’une des principales originalités réside dans sa conception réversible. L’objectif est de limiter les interventions irréversibles et de permettre, à terme, le démontage, le déplacement ou le réemploi des éléments».
Un lieu d’intelligence collaborative
Bois de filière locale, éléments issus du réemploi par le biais de structures de l’ESS (Économie sociale et solidaire), à l’image de l’association Réciprocité et sa Maison de Réemploi, le bâtiment est conçu comme une plateforme de transmission, de cocréation et d’expérimentation.
«Il doit permettre de valoriser la filière bois locale, de tester de nouveaux usages pédagogiques et collaboratifs et de favoriser la co-construction de projets entre acteurs académiques, industriels et citoyens».
Cette innovation systémique fait dialoguer ingénierie, architecture, matériaux, filière bois, économie circulaire et innovation collaborative.
Labellisé Bois de France
Le choix du bois local constitue un marqueur fort. La structure principale est réalisée en chêne de Meurthe-et-Moselle, abattu et transformé dans un rayon de 100 km. La structure secondaire mobilise de l’épicéa scolyté, c’est-à-dire provenant d’arbres fragilisés par la maladie.
Les façades sont parées de chêne déclassé et la toiture en bois s’inspire de techniques scandinaves. Le projet associe des acteurs régionaux de la construction durable.
La maîtrise d’œuvre réunit LILI et RAMI Architectures, Barthes Bois et Terranergie. La réalisation mobilise notamment BA Bois pour la structure et Madic Elec pour les installations électriques.
«Cette organisation fait du chantier un démonstrateur de coopération territoriale autant qu’un objet architectural». Sur le plan énergétique, le bâtiment est présenté comme certifié selon les standards BBC (Bâtiment Basse Consommation).
Il est équipé d’une pompe à chaleur et d’une ventilation double flux permettant de récupérer 90% de l’énergie. L’isolation recourt à des panneaux fabriqués à partir de textiles recyclés.
Engagés en septembre 2025, les travaux n’ont pas pris un an. L’inauguration officielle s’est déroulée à la mi-septembre. Il reste à faire vivre ce lieu et à faire en sorte que l’écosystème entrepreneurial, entre autres, se l’approprie.
«C’est une nouvelle passerelle entre enseignement supérieur, recherche, entreprises, collectivités et citoyens. C’est un démonstrateur grandeur nature de l’innovation responsable».
Le Cab’Inn vient d’ailleurs d’être labellisé au niveau or par l’association Bois de France.