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Cadres : un recrutement plus ciblé

  Après plusieurs années de tensions, le marché du recrutement des cadres se normalise. Les entreprises rencontrent moins de difficultés qu’au plus fort de la reprise post-Covid, mais elles continuent de sécuriser leurs recrutements. Entre ralentissement du marché et montée en puissance de l’intelligence artificielle, les pratiques se transforment : offres d’emploi, réseaux, présélection, tests… les processus deviennent plus ciblés.

© Adobe stock.

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  Le retournement du marché de l’emploi cadre se confirme. Selon l’Apec, 294 500 recrutements de cadres ont été réalisés en 2025, après 303 400 en 2024 et 330 000 en 2023. Ce reflux a mécaniquement desserré la pression sur les entreprises. En 2025, près de la moitié des entreprises ayant recruté au moins un cadre déclarent avoir rencontré des difficultés*, soit cinq points de moins en un an et quinze de moins qu’en 2022. « On a eu un retournement de marché en 2024, qui s’est confirmé en 2025 », rappelle Emmanuel Kahn, responsable du pôle études de l’Association pour l’emploi des cadres. Cette baisse des tensions ne signifie toutefois pas un retour à un marché simple. « Si les niveaux de tension ont nettement baissé par rapport à ce qu’ils ont pu être, ils restent élevés », souligne-t-il.

Des recruteurs moins offensifs

Ce contexte modifie d’abord la posture des entreprises. Moins confrontées à la pénurie de candidats, elles recourent moins systématiquement aux stratégies de recrutement les plus offensives. Le recours aux intermédiaires de recrutement recule à 42%, en baisse de cinq points sur un an. L’approche directe diminue également, à 63% des entreprises ayant recruté au moins un cadre. Pour Emmanuel Kahn, la logique est claire : « Ce que l’on note, c’est des postures clairement moins offensives du côté des entreprises, qui ont moins de postes à couvrir et moins de difficultés à les couvrir. » La multicanalité reste cependant la règle, notamment quand les recrutements de cadres demeurent critiques. Les entreprises continuent de combiner offres d’emploi, réseaux sociaux, contacts, candidatures spontanées, cooptation ou encore viviers d’anciens stagiaires. L’offre d’emploi demeure le canal de référence. Elle est citée comme le moyen le plus efficace pour rencontrer les candidats finalement embauchés par 72% des ETI et grandes entreprises et 51 % des PME. « Pendant très longtemps, on a parlé du marché de l’emploi cadre comme un marché caché où les opportunités n’étaient pas visibles. Ce n’est pas le cas », confirme Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études de l’Apec.

Une lettre de motivation moins incontournable

L’évolution ne se joue pas seulement en amont, au moment d’identifier les candidats. Elle concerne aussi la sélection elle-même. La lettre de motivation, autrefois quasi systématique, a perdu du terrain depuis 2022. En 2025, seules 50% des entreprises déclarent en avoir demandé une pour au moins un recrutement de cadre. Gaël Bouron y voit l’un des effets durables des années de tension : «Dans un contexte de difficultés de recrutement, les entreprises étaient attentives à faciliter le process de recrutement pour les candidats et à enlever tous les irritants qui pouvaient les empêcher de postuler.» Même si le marché est moins tendu, ce réflexe n’a pas disparu. Mais «les entreprises considèrent qu’elles peuvent très bien s’en passer. En tout cas, plus facilement qu’auparavant», ajoute-t-il. À l’inverse, la présélection téléphonique ou en visioconférence s’est installée. Elle concerne 71% des entreprises ayant recruté au moins un cadre. Ce premier échange permet de vérifier rapidement l’adéquation du profil, la motivation, la compréhension du poste ou les prétentions salariales, sans engager d’emblée un entretien complet en présentiel.

Des compétences comportementales davantage évaluées

La sélection devient aussi plus formalisée. Les entreprises cherchent moins seulement à attirer qu’à mieux évaluer. Selon l’Apec, 41% utilisent désormais des tests ou mises en situation pour apprécier les compétences comportementales, soit neuf points de plus qu’en 2022. Soft skills, capacité d’adaptation, communication, leadership ou coopération prennent ainsi une place accrue dans les process. Ce mouvement traduit une recherche de sécurisation. Dans les PME, 41% des derniers cadres recrutés étaient déjà connus de l’entreprise avant le début du processus. Dans les ETI et grandes entreprises, cette proportion atteint 31 %. Le réseau reste donc déterminant et rassure dans des recrutements jugés stratégiques.

* Enquête réalisée en janvier-février 2026 auprès de 1 150 entreprises de 10 salariés et plus qui ont recruté au moins un cadre au cours de l'année 2025.