Chaque semaine, Karine Vichery arpente les plages de la baie de Somme. C’est là qu’elle trouve les déchets marins qui lui servent de matières premières : bois flotté, plastique, bouchons de bouteilles, cartouches, poches à huîtres… Elle récupère inlassablement ce que les hommes ont laissé derrière eux. «Je pourrais faire des collectes tous les jours», soupire celle qui trie ensuite ses trouvailles dans son atelier de Friaucourt. C’est là que, depuis 2019, elle donne vie à des objets de décoration, principalement des luminaires. «Je dessine et je bricole depuis l’enfance, j’ai toujours eu cette fibre créative», explique-t-elle.
Après une vingtaine d’années passées dans l’industrie, elle a finalement décidé de changer de vie pour fonder «Déco Trèfle», une marque de décoration écoresponsable et 100% française. «Ma première création était un luminaire en bois flotté, surmonté d’un abat-jour en poche à huîtres. C’était totalement inédit, personne ne l’avait fait avant», se souvient-elle. Depuis, elle n’a cessé d’enrichir son offre, proposant des lampes singulières qui portent toutes des noms de plantes. Grâce à ce talent, Karine Vichery a remporté plusieurs concours nationaux et participé au salon du Made in France en 2025.
Un savoir-faire reconnu
«Les deux années de crise sanitaire ont été assez compliquées. Je me suis beaucoup interrogée sur la suite à donner à cette aventure. Et puis, aimant le challenge, je me suis dit que j’allais participer à des concours», explique-t-elle. Elle décroche ainsi le titre de «Madame Engagée» lors des trophées Madame Artisanat 2024. Un an plus tard, elle remporte l’un des prix Stars & Métiers, décernés par la Banque Populaire du Nord et la CMA Hauts-de-France. «C’est fou… C’est une reconnaissance pour tout le travail accompli et cela met en valeur mon travail», sourit celle qui vend principalement ses créations sur son site internet.
Une hausse de visibilité qu’elle a également constatée lors de sa participation, fin 2025, au salon du Made in France à Paris. «C’était quatre jours de folie. Une expérience formidable, qui permet de rencontrer des créateurs partageant les mêmes valeurs, mais aussi des clients», s’enthousiasme la créatrice, qui réalise également des commandes sur mesure. «J’ai par exemple travaillé pour le domaine Saint-Ange ou pour l’office de tourisme. Ce sont de très belles expériences», note-t-elle, avant d’évoquer son envie de poursuivre dans cette voie. «J’aimerais créer des ambiances lumineuses pour des hôtels, des gîtes et, pourquoi pas, des entreprises». En 2026, la Friaucourtoise se lance également un nouveau défi : participer à la prochaine édition du «Fabriqué en France», organisée à l’Élysée.
Un rôle de colibri
La dirigeante de Déco Trèfle aime aussi sensibiliser les scolaires à la protection de l’environnement. Elle intervient régulièrement en milieu scolaire pour animer des collectes de déchets sur le littoral et sensibiliser les élèves à la création artistique à partir de débris marins. «J’ai réalisé une fresque de plus de huit mètres de long dans un collège. Notre avenir passe par les enfants», analyse-t-elle.
Le 4 février dernier, elle a accueilli une classe du collège du Sacré-Cœur de Péronne, accompagnée de leurs correspondants espagnols. Ensemble, ils ont créé une sculpture représentant un colibri — symbole des petits gestes écoresponsables du quotidien — juché sur un arbre. «Autrefois, la mer apportait de beaux coquillages ; aujourd’hui, elle rapporte des objets, des déchets. À nous d’en faire quelque chose de positif», conclut-elle.