Désormais, une autre réalité s’impose. La réussite de la réforme ne dépend plus uniquement de l’outil retenu, mais de la capacité de l’entreprise à adapter son organisation, à fiabiliser ses données et à sécuriser l’ensemble de son cycle de facturation. Il faut également replacer cette échéance dans une vision plus globale. Si la réception des factures électroniques est désormais obligatoire pour toutes les entreprises, l’émission ne concerne aujourd’hui que les grandes entreprises et les ETI. Les PME et les TPE y seront soumises à compter du 1er septembre 2027.
Les prochains mois seront déterminants pour consolider les processus avant la généralisation de la réforme. Dans cette phase, l’expert-comptable a un rôle particulier à jouer : aider l’entreprise à cartographier ses flux, identifier les points de rupture, fiabiliser les données et transformer les anomalies constatées en actions correctives. La réforme devient ainsi un outil de diagnostic de l’organisation administrative et financière.
Dans une région comme le Grand Est, où le tissu économique repose largement sur des PME travaillant avec de nombreux partenaires, parfois transfrontaliers, cette réforme dépasse largement le cadre de la conformité fiscale. Elle touche directement l’organisation administrative, la relation fournisseurs, et demain, la relation clients.
Premier risque : une donnée imparfaite
Une plateforme agréée ne corrige pas une base fournisseurs ou clients incomplète. Un SIREN erroné, une adresse mal renseignée, un mauvais paramétrage de TVA, une mention obligatoire absente ou un traitement inadapté des acomptes, des avoirs ou de certaines opérations particulières peuvent générer des rejets, des anomalies ou des traitements complémentaires qui ralentissent les échanges.
Avec la facturation électronique, une information erronée peut perturber la circulation de la facture et retarder le traitement comptable ou le règlement. Nous recommandons donc aux dirigeants de profiter de cette première phase de la réforme pour revoir leurs référentiels clients et fournisseurs, vérifier les informations essentielles et mettre en place des procédures de mise à jour régulières. Cette discipline sera indispensable lorsque l’entreprise devra, à son tour, émettre l’ensemble de ses factures électroniques.
Deuxième risque : une organisation qui ne suit pas
Pendant les douze prochains mois, les entreprises recevront progressivement des factures électroniques conformes à la réforme, tout en continuant à traiter, selon les situations, des factures au format PDF ou d’autres formats qui disparaîtront quand l’obligation d’émission entrera en vigueur. Cette coexistence des formats impose une vigilance particulière.
Les équipes devront savoir identifier les différents flux, appliquer le bon traitement à chaque facture et éviter les doubles saisies, les oublis ou les erreurs de classement. Dans beaucoup de PME, la facturation fait intervenir plusieurs acteurs : les achats, la comptabilité, l’administration des ventes, parfois les équipes commerciales ou de production.
Avec la réforme, les responsabilités doivent être définies : qui contrôle les factures reçues ? Qui suit les statuts transmis par la plateforme ? Qui traite les rejets ou les anomalies ? Qui est chargé de dialoguer avec le fournisseur ou le client lorsqu’une correction est nécessaire ? Sans réponse claire, les conséquences sont très concrètes : des délais de traitement qui s’allongent, des factures qui restent en attente, des paiements retardés et, à terme, une trésorerie qui se dégrade.
Troisième risque : perdre la maîtrise du processus
Les plateformes agréées jouent un rôle essentiel dans la transmission des factures, mais elles ne remplacent ni les procédures internes ni les contrôles de l’entreprise. La responsabilité du respect des obligations demeure celle du dirigeant. La réforme introduit également de nouveaux statuts de suivi des factures : déposée, reçue, acceptée, rejetée ou mise en attente. Ces informations constituent des indicateurs de pilotage.
Encore faut-il que quelqu’un les consulte, les analyse et mette en œuvre les actions correctives lorsqu’une anomalie apparaît. À défaut, l’entreprise s’expose à plusieurs risques : des factures qui n’empruntent pas le bon circuit, des retards dans les règlements, des erreurs déclaratives, mais aussi des sanctions prévues en cas de non-respect des obligations réglementaires. La conformité ne peut donc pas être entièrement déléguée à un logiciel ou à un prestataire. La facturation électronique n’est pas seulement une réforme numérique.
C’est un révélateur de la qualité de l’organisation administrative et financière de l’entreprise. Après le choix d’une plateforme agréée, ce sont la qualité des données, la clarté des responsabilités et le pilotage des flux qui feront de cette réforme un véritable levier de conformité, de trésorerie et de performance.
Par Fabien Verlet, expert-comptable, commissaire aux comptes et associé ORCOM
Les 5 vérifications à effectuer pendant les 90 premiers jours
Vérifier chaque semaine les factures rejetées ou en anomalie afin d'en identifier les causes et de mettre en place des actions correctives.
Suivre les délais entre la réception d'une facture, son traitement, sa validation et son règlement pour détecter les éventuels points de blocage.
Contrôler régulièrement la qualité des données fournisseurs et clients : SIREN, TVA, adresses, mentions obligatoires, modalités de facturation.
Désigner clairement les responsables du suivi des statuts, du traitement des exceptions et des échanges avec les fournisseurs ou les clients en cas d'anomalie.
Organiser un point mensuel avec la direction, la comptabilité, les services concernés et votre expert-comptable pour ajuster vos procédures et préparer l’échéance du 1er septembre 2027.