Depuis près de 40 ans, l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique) accompagne, grâce au microcrédit, les personnes souhaitant créer leur entreprise sans pouvoir accéder aux financements bancaires classiques. Pour toucher ces publics, l'association adapte son organisation aux réalités locales. Dans l'Aisne, où elle est présente depuis plus de 25 ans, elle a ainsi fait évoluer son mode d'intervention. «Nous y intervenons depuis plus de 25 ans avec une collaboratrice, explique Jean-Philippe Belland, directeur régional de l'Adie Hauts-de-France. En 2022, nous avons choisi d'assurer des permanences chez des partenaires plutôt que de disposer d'un bureau physique».
S'adapter à une forte ruralité
Une décision motivée par la forte ruralité du département. «La densité de population y est très faible. Nous avons identifié des secteurs plus pauvres où l'accès à l'information était inexistant et où nous ne parvenions pas à toucher le public», poursuit Jean-Philippe Belland. En 2024, l'association recrute un second collaborateur et lance une agence mobile grâce à l'acquisition d'un bus. Cet investissement de 80 000 euros a été rendu possible avec le soutien de plusieurs partenaires. Deux bénévoles complètent l'équipe.
Les premières permanences ont été organisées en Thiérache, un territoire prioritaire où la densité de population atteint seulement 32 habitants au km², contre 72 dans l'Aisne. Des imprévus matériels ont toutefois perturbé les plannings et l'Adie ajuste encore son organisation.
«L'enjeu est de bien construire notre ancrage territorial en trouvant une tournée pertinente», souligne le directeur régional, qui rencontrera prochainement les élus des quatre communautés de communes concernées. «Leur connaissance du territoire nous est indispensable». L'association espère également obtenir le soutien financier des collectivités et des entreprises pour couvrir les frais de fonctionnement du bus.
La Thiérache, zone prioritaire
Cette volonté d'aller à la rencontre des publics porte ses fruits. « Entre les permanences délocalisées et l'agence mobile, nous constatons que la Thiérache représente 13 % de notre activité, contre 5 % auparavant », se réjouit Jean-Philippe Belland. Des chiffres qui illustrent les difficultés de mobilité dans le département.
«Même si les outils numériques constituent une solution, tout le monde n'est pas à l'aise avec l'informatique», souligne le directeur régional, qui insiste sur l'importance d'une présence physique dans les zones rurales. «Il y a aussi une dimension relationnelle. Certains ont besoin d'échanges en présentiel. Nous nous adaptons donc aux besoins».
Qui sont les entrepreneurs accompagnés ?
Par rapport au reste de la région, l'Adie accompagne dans l'Aisne davantage de femmes (54 %), de bénéficiaires des minima sociaux (46 %) et de personnes sans diplôme (33 %). La majorité des projets concernent des entreprises unipersonnelles de services. « Certains porteurs de projets ont la fibre entrepreneuriale, d'autres se lancent parce qu'ils ne trouvent pas de travail, résume Jean-Philippe Belland. D'autres encore sont très attachés à leur territoire et veulent y maintenir des activités. » Tous affichent de bons résultats : une étude réalisée en 2024 révèle que 80 % sont toujours en activité trois ans après leur création. En 2025, les équipes de l'Adie dans l'Aisne ont enregistré 581 contacts et financé 72 projets.