Gare à l'impact invisible des «économies faciales». Le 22 septembre, l'Udes, Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire -qui représente indirectement plus de 200 000 entreprises et 2,7 millions de salariés- tirait la sonnette d'alarme par la voix de son président, David Cluzeau.
En cause, les économies prévues dans le projet de loi de Finances pour 2027. Elles vont avoir un impact «significatif» sur le secteur de l'ESS, dénonce-t-il. En effet, le ministère du Travail et des Solidarités, avec lequel interagissent fortement les acteurs de l'ESS, devrait être particulièrement concerné par ces mesures. En outre, «le budget de l’État concerne les ministères, mais aussi les collectivités territoriales. Ces dernières seront contraintes de faire des choix dans la mise en œuvre de leurs politiques», ajoute David Cluzeau.
L'ESS, déjà fragilisée, s'attend donc à voir se poursuivre la baisse de ses effectifs, déjà sensible en 2025. L'Udes observe actuellement liquidations judiciaires et plans de sauvegarde pour l'emploi (PSE) se multiplier dans les différentes branches. Mais les dégâts causés par les coupes budgétaires vont au delà de la seule ESS, estime David Cluzeau : une moindre activité de ce secteur engendre un «triple risque» pour le pays : appauvrissement de foyers déjà en difficulté, creusement de l'écart entre une population qui a accès à des services (de soin, par exemple) et les autres, dégradation de la situation de l'emploi.
Par exemple, selon l'Udes, diminuer les crédits de l'Insertion par l'activité économique (IAE), va réduire les possibilités pour les publics les plus éloignés de l'emploi d’en retrouver un. Avec deux conséquences : obérer les chances que le gouvernement remplisse ses objectifs en matière d'emploi et provoquer une augmentation du recours au RSA, Revenu de Solidarité Active. Plus largement, «les personnes qui s'insèrent moins consomment moins et contribuent moins aux finances publiques», décrit David Cluzeau.
Des «jalons pour l'avenir»
Au total, «une mesure d'économie faciale n'est pas forcément réelle», analyse le dirigeant. L'Udes propose d'adopter un principe : inscrire le projet de loi de Finances et celui de la Sécurité sociale dans le respect d’une «règle d’or sociale». «Il faut réaliser des études d'impact sur les effets sociaux des mesures budgétaires, afin de vérifier que l'économie est réelle, nécessaire, qu'elle ne va pas détruire le tissu social», argumente David Cluzeau. L'Udes avance aussi plusieurs propositions pour le budget. Certaines visent à diminuer les charges qui pèsent sur l'emploi dans l'ESS, dont la révision de la taxe sur les salaires. Parmi les autres propositions figure également le rétablissement de l'exonération de la taxe d'apprentissage pour le secteur non lucratif. Et aussi, la compensation intégrale des revalorisations salariales décidées par les pouvoirs publics dans les métiers du soin, grand âge ou handicap, aide à domicile, accompagnement social...
L'Udes invite aussi le gouvernement à revenir sur certaines coupes budgétaires. En particulier, «ne pas maintenir l'effort dans la formation constitue une erreur stratégique», plaide David Cluzeau. Avec ses propositions, le président de l'Udes – qui regrette de ne pas avoir été reçu à Matignon, contrairement au Medef et à Les Entrepreneurs-, affirme «poser des jalons pour l'avenir». Mais il se fait peu d'illusions sur l'adoption des mesures proposées dans le cadre du budget. «L'ESS participe très clairement de la chaîne économique en France, mais le budget de la Nation n'est jamais conçu en prenant en compte cette réalité», souligne-t-il.