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La France traverse une « polycrise » !

Alors que la France traverse une conjonction de crises mettant en péril l’activité économique, le gouvernement ne dispose plus des ressources financières et politiques pour agir efficacement.


(c) DR

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Le sociologue et philosophe Egard Morin qualifie de « polycrise » une conjonction de crises de différentes natures, qui sont interconnectées et dont les effets sont susceptibles de s’amplifier mutuellement. Le phénomène est très marqué en France où les problèmes intérieurs — chômage en hausse, hausse des prix, finances publiques dans le rouge, blocage politique — s’aggravent et se conjuguent à ceux venus de l’extérieur — tension sur les hydrocarbures, guerre commerciale — sur lesquels la France a de moins en moins d’emprise. La « polycrise » met ainsi en péril l’activité économique.

Des perspectives maussades

Déjà à la peine depuis plusieurs trimestres, le Produit Intérieur Brut (PIB) et en stagnation en ce début d’année 2026, en raison du recul de la consommation des ménages, de l’investissement et du commerce extérieur. La vérité est que l’économie française avait déjà calé depuis plusieurs trimestres, la reprise post-pandémie s’étant essoufflée en quelques mois à peine ! Désormais, le FMI anticipe au mieux une croissance de 0,7 % en 2026, en recul par rapport aux dernières prévisions.

Ce constat de léthargie économique est également confirmé par les enquêtes de conjoncture mensuelles, menées par la Banque de France auprès de 8 500 dirigeants d’entreprise. Elles permettent, en effet, de connaître la température économique du pays. Or, il ressort de la dernière mouture du mois de mai que « l’activité en avril progresse à un rythme plus modéré dans l’industrie et le bâtiment, et marque le pas dans les services marchands ». En raison des tensions au Moyen-Orient et des déclarations contradictoires de Trump, l’indicateur d’incertitude reste à un niveau élevé dans les trois secteurs, avec des craintes très fortes concernant l’approvisionnement et le prix des matières premières. Mais, pour l’heure, la Banque de France se veut rassurante : « l’économie française, tout en étant résiliente, montre des signes de ralentissement, avec les premiers effets de la hausse du prix des hydrocarbures ».

L’évolution de l’indice PMI Flash composite de la France, publié par S&P Global, laisse cependant entrevoir des perspectives beaucoup moins réjouissantes. En effet, cet indice, qui mesure de manière synthétique l’activité du secteur privé, vient d’atteindre son plus bas niveau depuis cinq ans et demi, laissant craindre une récession.

Hausse des prix et chômage

En pratique, depuis quelques mois, les entreprises doivent jongler entre l’augmentation de prix des matières premières et la difficulté à ajuster leurs prix de vente. En face, les clients (ménages ou entreprises) sont parfois très sensibles aux variations de prix sur certains segments de marché très concurrentiels. D’où un risque accru de hausse des défaillances d’entreprises, chiffres déjà en augmentation ces derniers mois, et d’asphyxie de la demande intérieure. Et si les augmentations de prix se diffusent à l’ensemble de l’économie, le risque d’inflation conduira la Banque centrale à relever ses taux directeurs avec des conséquences en cascade pour les agents économiques emprunteurs. D’ores et déjà, il est acquis qu’un baril de pétrole durablement au-dessus des 100 dollars conduira à un choc économique d’une extrême gravité…

L’emploi pourrait alors devenir une variable d’ajustement comme le montre l’évolution de l’indicateur synthétique de climat de l’emploi, qui est construit sur des enquêtes concernant les effectifs, passés et prévus, dans l’industrie, les services, le commerce de détail et le bâtiment. Depuis, juillet 2024, cet indicateur demeure au-dessous de sa moyenne de longue période et il vient même d’atteindre son plus bas niveau depuis la crise sanitaire, en raison des mauvaises perspectives de l’emploi dans les services. Il y a fort à parier que le taux de chômage, qui s’établit à 8,1 % de la population active, ce premier trimestre 2026, augmentera donc dans les mois à venir, même si pour l’heure près de la moitié de la hausse résulte de l’inscription à France Travail des bénéficiaires du RSA et des jeunes de 15 à 29 ans, dans le cadre de la loi « pour le plein emploi ».

Et à toutes ces crises, dont certaines n’ont pas encore le nom, il faut ajouter des finances publiques structurellement dans le rouge, empêchant le gouvernement de mener les indispensables politiques conjoncturelles en ces temps troublés. D’où les nombreux effets d’annonce sans suite, qui sont autant de cautères sur une jambe de bois, pour tenter de faire oublier que le gouvernement n’a quasiment aucune marge de manœuvre financière. Il ne dispose, par ailleurs, d’aucune réelle marge politique depuis la dissolution manquée de 2024 (encore une crise !), et se contente au fond d’expédier comme il peut les affaires courantes jusqu’aux élections présidentielles de 2027. Tantôt, il va un peu à gauche pour satisfaire les uns, tantôt, un peu à droite pour contenter les autres, mais sans véritable cap économique cohérent sur long terme.

C’est généralement à ce moment-là que surviennent les plus graves crises sociales…