Brusque accélération, long déclin. Le 6 octobre, Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem, présentait les résultats de l'étude de l'Observatoire Cetelem de l'automobile 2027. Premier constat, «il y a un avant et un après détroit d'Ormuz (…) Les automobilistes adaptent leur pratiques, et ils le font aussi quand ils changent de voiture», analyse-t-il. La guerre en Iran qui a fait exploser les prix des carburants a provoqué une évolution «spectaculaire» des ventes de voitures électriques. Fin août 2026, la part de ces véhicules dans les immatriculations a atteint 26% en Allemagne (contre 19% en 2025), 30% en France (vs 20%), et 50% en Belgique et au Portugal. «On estime que ce qui s'est passé a fait gagner environ deux ans sur la transition vers le 100% électrique (…) La crise a convaincu les automobilistes qui hésitaient», constate Flavien Neuvy. Le passage à l'acte a été facilité par le fait que les freins traditionnels à l'achat de ces véhicules (autonomie trop limitée, points de recharge trop rares...) sont en train de s'estomper.
Néanmoins, en France, le boom de l'électrique est très loin de compenser l'effondrement des ventes de voitures aux particuliers, tendance de très long cours. En 2025, le taux de ménages acheteurs s'élevait à 2,3%, contre 7% dans les années 1990 ! Cette attrition du marché résulte de plusieurs dynamiques économiques et sociétales : la hausse des prix des véhicules neufs mais aussi, le changement de place de la voiture dans l'esprit des consommateurs. Elle a perdu son rôle statutaire. Toutefois, «si on veut voir le marché repartir de l'avant, c'est du côté des ménages qu'il faut aller chercher, et notamment en leur proposant une offre adaptée en termes de produits et de prix. C'est l'un des leviers du rebond», commente Flavien Neuvy.
Croissance prudente
Si une légère reprise est attendue en 2027, le marché mondial des véhicules légers est parti à la baisse en 2026 (-2,1%). Il est passé de 91,9 millions de véhicules vendus en 2025 à 90 millions, avec des évolutions très contrastées selon les zones. L'Europe, bien que restant à un niveau très inférieur à celui de 2019, a globalement connu une légère croissance : + 4,7% en Allemagne ( 3,2 millions de véhicules), + 1,9% en France (2 millions), et + 7,9% en Italie (1,8 millions de véhicules).
En revanche, sur d'autres marchés importants, les ventes ont baissé : la Chine affiche - 4,8% (31 millions de véhicules) et les USA, -2,8% ( 15,9 millions ). Selon Flavien Neuvy, l'Europe présente «un potentiel encore important. Et jusqu'où le rebond français peut il aller ? Retrouver le rythme d'avant crise sanitaire à court ou moyen terme, il n'y a pas grand monde pour y croire».
En 2027, l'Observatoire Cetelem prévoit une légère reprise du marché mondial qui atteindrait 92 millions de véhicules (+ 2,2%). Mais cette tendance devrait être essentiellement portée par le marché chinois (32 millions de véhicules, + 3,6%). Autre tendance forte : «l'Inde devient un marché très stratégique pour les constructeurs», pointe Flavien Neuvy. Avec 4,9 millions de véhicules vendus en 2027 (+ 4,3%), le pays passe devant le Japon (4,5 millions).
Pour finir, le responsable invite à une «grande prudence» quant à ces prévisions qui pourraient être balayées en cas de forte inflation induite par les troubles géopolitiques. Facteur d'incertitude supplémentaire pour la France «l’aléa politique et budgétaire qui percute de plein fouet l'économie, avec les ménages qui sont très incités à faire de preuve de prudence et à préserver leur épargne de précaution», ajoute Flavien Neuvy qui prévoit pour l’Hexagone deux millions de véhicules vendus en 2027 (+ 2%).