« Nous sommes en opposition frontale avec les déclinistes. Ce n'est pas en partageant la pénurie qu'on va s'en sortir », déclarait Patrick Martin, président du Medef, ce 22 juin à Paris. Lors d'une conférence de presse, il présentait le document « Cartes sur table 2026, ce que la France ne peut plus ignorer », édité par le syndicat patronal. A l'approche de l’élection présidentielle de 2027, le Medef entend nourrir le débat public avec des données factuelles - issues de travaux « sérieux », insiste Patrick Martin - qui posent des diagnostics sur la base desquels sont avancées des propositions. Le constat : « le monde a changé, mais pas nous. L'Europe décroche et la France encore plus », synthétise Patrick Martin.
L'étude identifie huit « ruptures majeures », auxquelles font face la société et l'économie française : bouleversements dans les champs géopolitique, économique, technologique, énergétique, climatique...L'IA aussi constitue l'une de ces « ruptures majeures ». En la matière, rappellent « Cartes sur table » entre 2013 et 2024, le montant des investissements privés dans l'IA se sont élevés à 11 milliards de dollars en France, 50 en Europe, 119 en Chine et 471 aux États-Unis. Et en 2025, 18% des entreprises françaises utilisent l'IA, - un peu en dessous de la moyenne européenne - contre 26% en Allemagne, 33% aux Pays-Bas et 40% en Finlande. « L'IA ne doit pas rester l'apanage des grands groupes. Il faut absolument que toutes les entreprises s'en emparent », avance Patrick Martin. Lors de la conférence, il propose un dispositif destiné à encourager les PME à passer le cap : « une double déduction (fiscale) des dépenses structurantes en matière d'Intelligence artificielle, sur une durée limitée et avec un cahier des charges défini pour éviter les effets d'aubaine et éviter le gaspillage d'argent public (…) A Singapour, c'est 400% de déduction des dépenses de l'IA pour les PME », pointe le président du Medef.
« Le monde ne nous attend pas »
L'approche de la présidentielle accentue la tendance, mais la publication de « Cartes sur table » est loin de constituer la première intervention du Medef dans le débat public, a rappelé Patrick Martin. Exemples : les propositions patronales sur le financement de la sécurité sociale ou encore celles sur les jeunes (orientation, rôle d'ascenseur social de l'école...). Pour le président du Medef, en effet, l'importance des prélèvements par l’État sur l'activité économique fonde les entreprises à exprimer leur position sur les grands choix politiques. Et ce d'autant plus que le débat public n'accorderait pas suffisamment de place aux enjeux économiques. « A notre place, nous avons un rôle, une vocation à éclairer l'opinion publique elle-même, ce qui est d'ailleurs un moyen détourné (…) de sensibiliser les politiques eux-mêmes », souligne Patrick Martin.
En mai dernier, la proposition d'une « réforme profonde et ambitieuse de la procédure budgétaire et de la gouvernance des finances publiques » par le Medef au Premier Ministre avait donné lieu à un retour glacial de Sébastien Lecornu, d'après Les Échos du 6 mai. Le quotidien économique évoquait une montée des tensions entre le Medef et le gouvernement dans le contexte de l'élaboration du budget pour 2027. A ce sujet, « est-ce que ce qui se dessine va dans le bon sens, à nos yeux ? Non. A ce stade, même sans perdre de vue l'horrible complexité de l'équation budgétaire et politique, nous ne voyons pas d'économies, en particulier sur les dépenses sociales », déclarait Patrick Martin, interrogé à propos d'une réunion tenue avec Matignon, quelques jours avant la conférence de presse. « Bien malin qui pourra dire ce qui se passera en 2027, lors des élections présidentielle et législatives. Mais le monde ne nous attend pas », rappelle le président du Medef.