Dossier

«Le tourisme quatre saisons s’est imposé»

Écoresponsabilité, authenticité, retour au local... Les tendances touristiques apparues après la crise sanitaire s’imposent aujourd’hui comme des quasi-normes. Additionnées à l’impact des évolutions technologiques et des attentes sociétales, les professionnels du tourisme s’adaptent. Décryptage avec Clémence Cuny, enseignante associée à la Licence Pro Tourisme de l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges. 


(c) DR. «Il faut pouvoir accueillir tout au long de l’année», constate Clémence Cuny, enseignante associée à la Licence Pro Tourisme de l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges

(c) DR. «Il faut pouvoir accueillir tout au long de l’année», constate Clémence Cuny, enseignante associée à la Licence Pro Tourisme de l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges

Au niveau des tendances dans l’univers du tourisme, bon nombre affirment qu’il y a un avant et un après crise sanitaire de la Covid-19. Cinq ans après, ces tendances sont-elles devenues la norme ? 

Clémence Cuny : Le tourisme écoresponsable, le slow tourisme, la recherche de bien-être et d’une certaine authenticité sont aujourd’hui réellement ancrés. Les changements de comportement se sont ressentis directement dans le Grand Est et principalement dans le massif des Vosges. L’été 2021 a été la meilleure saison en accueil touristique dans le département. Ces nouvelles approches ont incité les professionnels à adapter leurs offres. À côté de ces changements sociétaux, l’univers du tourisme a pris, contraint et forcé, l’impact du changement climatique. Vous faites référence, pour les Vosges, à l’évolution des stations de ski ? Comme dans tous les massifs de moyenne montagne, la question aujourd’hui est de savoir s’il y aura encore de la neige, non pas dans dix ans, mais plutôt dans cinq ans. L’adaptation, l’évolution de l’offre des stations aboutissent à la mise en place d’une stratégie de développement basée sur le tourisme quatre saisons. C’est une nouvelle donne à appréhender avec bon nombre de conséquences structurelles. 


C’est-à-dire ? 

La saisonnalité s’est déplacée ! Avec le développement du tourisme quatre saisons, le printemps et l’automne enregistrent aujourd’hui des pics de fréquentation importants. Cela implique pour les professionnels du secteur de pouvoir accueillir tout au long de l’année et de revoir leurs pratiques. Les touristes arrivent dès le mois d’avril mais les sites touristiques ne sont pas encore forcément ouverts. Ce tourisme quatre saisons est intéressant car il lisse la fréquentation. 


Cette fréquentation lissée permet-elle d’épargner la région du phénomène de tourisme de masse ? 

À une certaine échelle, le tourisme de masse est une réalité dans certains endroits des Vosges à l’image de la route des Crêtes ou encore du sentier des roches (itinéraire de randonnée reliant le col de la Schlucht au Frankenthal, près du Hohneck : NDLR). Les week-ends, il est surfréquenté et les locaux n’y vont même plus. L’aspect sécurité est également à prendre en compte. Les gens oublient qu’ils sont en montagne et les accidents y sont nombreux. C’est un peu le revers de la médaille, il faut aujourd’hui trouver l’équilibre. 

 Les hébergements se sont-ils réellement adaptés à ces nouvelles donnes ? 

Les campings développent des concepts plus haut de gamme. Les gîtes insolites ne cessent de se multiplier et rencontrent un engouement certain malgré des prix parfois élevés. L’hôtellerie classique s’adapte également mais elle a été victime des différentes plateformes de location. Beaucoup de villes interdisent ces pratiques pour plein de raisons dont en premier lieu la difficulté aujourd’hui des locaux à se loger. Les touristes en reviennent également. Cela demeure recherchée pour un déplacement de deux jours mais pas pour des vacances. Les gens ne souhaitent plus avoir à faire à une simple boîte à clés complétement impersonnelle.

IA : question de recul...    

L’Intelligence artificielle, le tourisme n’y échappe pas ! Les professionnels du secteur doivent «prendre le train en marche et apprendre à travailler avec», comme l’assure Clémence Cuny. Au niveau formation, «il y a encore un manque réel de recul sur le sujet, cela demeure trop vague», assure l’enseignante associée à la Licence Pro Tourisme de l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges.