En France, les intercommunalités – métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et de communes – sont les seules collectivités compétentes en matière d’immobilier d’entreprise et de gestion des zones d’activités économiques (ZAE). Ce sont elles qui aménagent et gèrent toutes les ZAE du territoire, où travaillent 7,7 millions personnes, d’après les estimations de l’Insee. Lancé en 2025 par Intercommunalités de France, la Banque des Territoires et le Cerema, Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement, le premier «Baromètre du foncier économique» a recueilli au cours du premier semestre 2025 les réponses de 215 intercommunalités françaises (soit 17% d’entre elles).
Une demande qui se maintient malgré le contexte économique
Malgré le contexte économique ralenti en 2025, les données du baromètre montrent que la dynamique d’implantation économique est restée globalement positive ou stable à l’échelle locale. Plus de 60% des intercommunalités interrogées ont en effet déclaré que le nombre de projets d’implantations et d’extensions économiques est stable ou en croissance sur leur territoire, alors que 30% ont connu un ralentissement ou une baisse.
Le baromètre fait par ailleurs état d’une évolution des besoins fonciers des acteurs économiques : alors que la demande en immobilier de bureaux et de commerces s’est effondrée, les besoins se maintiennent pour l’industrie et l’artisanat et augmentent pour la logistique et les centres de données.
Les difficultés à proposer du foncier aux entreprises
Mais si les projets existent, leur concrétisation se heurte à plusieurs obstacles. À commencer par «un fort attentisme de la part des porteurs de projets, en lien avec le contexte économique et géopolitique international», souligne la synthèse de l’enquête. Autre grand frein et véritable défi pour les collectivités : en 2025, pas moins de 81% des intercommunalités interrogées ont déclaré refuser des projets économiques faute de foncier disponible.
Au-delà de la seule disponibilité foncière, les deux principales difficultés rencontrées par les intercommunalités sont l’inadéquation entre les sites disponibles et les besoins exprimés par les entreprises (27%) et l’allongement des délais d’implantation liés aux procédures d’urbanisme et environnementales (26%). Il s’agit donc de la capacité des collectivités à proposer un foncier économique «qualitatif» – viabilisé, aménagé et prêt à accueillir une implantation – et rapidement mobilisable – et donc purgé de tout recours contentieux et procédure environnementale ou archéologique. La diversité et l’emplacement des terrains, les équipements et infrastructures à proximité et les services proposés contribuent également à la qualité du foncier disponible.
La question de l’acceptabilité locale, un défi pour les élus
Autre grand frein : 61% des intercommunalités sondées ont indiqué être confrontées à des enjeux d’acceptabilité environnementale pour les projets industriels et logistiques. Ces deux activités sont celles «qui rencontrent le plus de difficultés d’implantation en raison de leurs contraintes foncières, environnementales et d’acceptabilité locale», relève l’étude. «Le risque d’éviction de ces activités au profit du logement ou d’usages plus rentables à court terme reste élevé».
Manque structurel de moyens et absence de maîtrise publique du foncier
Autre obstacle : un tiers des intercommunalités questionnées ont déclaré manquer de moyens humains et financiers pour réaliser des opérations de requalification des espaces, devenues plus complexes et plus coûteuses qu’auparavant. La majorité du foncier étant détenue par des acteurs privés, et dans un contexte d’inflation des prix du foncier, les collectivités ont des difficultés à intervenir sur les ZAE qui sont presque toutes des parcelles privées.
Face à ces constats, le Baromètre du foncier économique 2026 formule 21 propositions destinées aux décideurs politiques et acteurs impliqués dans les activités d’aménagement ou de valorisation foncière.
Une perception plutôt positive du ZAN
Autre enseignement du Baromètre du foncier économique 2026 : 67% des intercommunalités interrogées ont déclaré avoir une perception plutôt positive de la trajectoire « zéro artificialisation nette des sols d’ici 2050 ». 47% perçoivent désormais le ZAN comme un levier pour faire évoluer les pratiques d’aménagement et renforcer la planification territoriale. Mais elles continuent de rencontrer des difficultés opérationnelles : contraintes financières, capacités d’ingénierie limitées, faible maîtrise publique du foncier, nécessaire mobilisation des acteurs privés…