Souvent, le tourisme ne constitue que l'une des facettes de ces projets qui visent à créer des écosystèmes très vivants, basés sur le patrimoine. C'est ce qu'ont montré plusieurs témoignages, en mars dernier, à Paris, dans le cadre du salon Sitem, Salon international des musées, lors d'une table ronde «Les patrimoines comme moteurs d'attractivité touristique et modèles de tourisme durable», avec les représentants de plusieurs réseaux réunis au sein de l'association «France. Patrimoines & territoires d'exception», qui partagent cette même orientation.
C'est notamment la démarche suivie par l'association Ville et Métiers d’Arts, dont sont membres Sorèze (3 000 habitants, dans le Tarn) et Aubusson (3 000 habitants dans la Creuse). Référence historique mondiale de la tapisserie d'art, cette petite ville un temps assoupie connaît une renaissance spectaculaire : environ 150 artisans y travaillent -il n'en restaient que quelques uns en 2010-, une Cité internationale de la tapisserie tournée vers la création contemporaine a été bâtie, 50 000 visiteurs viennent chaque année... Soréze en accueille 41 000. Pour bâtir leurs projets, «Aubusson est partie de son identité, Sorèze de son patrimoine bâti», explique Charlotte Du Vivier Lebrun, directrice de Ville et Métiers d’Arts. Au VIIIe siècle, la ville médiévale du Tarn est née et s'est déployée autour d'une abbaye bénédictine, devenue ensuite école royale militaire sous Louis XVI. Depuis 2015, cet ensemble patrimonial abrite le musée Dom Robert dédié à la tapisserie du XXe. Et à l'initiative de la mairie, des artisans ont pu s'installer dans des ateliers à loyers modérés depuis 2024. «La ville, qui comptait une vingtaine d'artisans a doublé ses effectifs depuis l'ouverture», relate Charlotte Du Vivier Lebrun.
De petits bourgs effervescents
Parmi ces ateliers de l'abbaye figure celui d'Adrien Marchand, designer et maquettiste, qui réalise des souvenirs architecturaux sur mesure pour les petites communes. «Nous voyons des gens qui viennent visiter l'abbaye ou le musée Don Robert. Ils viennent voir les ateliers par curiosité, ils sont émerveillés de voir toute cette effervescence dans le petite bourg. Cela démarre, on développe la communication», témoigne l'artisan d'art. Au sein de l'abbaye, le projet des ateliers est essentiellement porté par «une communauté artisanale qui s'autogère», précise Charlotte Du Vivier Lebrun, qui souligne «l'énergie de cette jeunesse, hyper à l'aise avec le fait de montrer, de communiquer sur les réseaux sociaux. C'est très valorisant aussi pour le tourisme».
Plus globalement, les projets d'Aubusson et de Soréze partagent plusieurs traits communs, selon la directrice de Ville et Métiers d’Arts : «Dans les deux cas, il s'agit de projets qui s'inscrivent dans des modes de fonctionnement très contemporains. IL s'agit de lieux de rencontres qui sont aussi consacrés à l'expérience professionnelle. Le monde professionnel a été associé à la démarche», analyse Charlotte Du Vivier Lebrun. Autre trait commun : le «portage politique» fort de ces projets. Un sujet délicat, au lendemain d'élections municipales ayant abouti au renouvellement d'équipes, et, potentiellement, d'une remise en cause de ces projets (de long cours). Dans ce cas, que faire ? «On pleure, et puis on va voir les nouveaux élus pour expliquer notre démarche», répond Laurent Mazurier, directeur de l'association Petites cités de Caractère de France.