Sortir le site de sa quiétude et de son relatif anonymat. Si, pendant des décennies, Arelis a joué la carte de la discrétion, force est de constater que depuis que la pépite meusienne a rejoint le groupe LGM, expert en ingénierie de haute fiabilité, la stratégie a bien changé. «Nous sommes une société 100% française détenue par trois associés majoritaires historiques avec un effectif de 1 600 personnes. Nous intervenons dès les premiers coups de crayons, des premières spécifications d’un produit de haute fiabilité embarqué jusqu’à sa fabrication, sa qualification et son maintien en conditions opérationnelles. Une palette de compétences rare dans l’échiquier français», confie Guillaume Petit, le directeur industriel du groupe. C’est d’ailleurs cette complémentarité en conception mais aussi en fabrication qui a motivé l’acquisition d’Arelis il y a six ans. Après une première étape de structuration du process et de qualification des procédés, la maturité industrielle d’Arelis a rencontré un marché porteur, au moment même du déclenchement de la guerre en Ukraine. Les planètes se sont alignées pour le groupe industriel qui s’appuie sur quatre sites – Toulouse, Vélizy, Saint-Aubin et Marville –, formant une seule entité avec «une force de frappe et une organisation transverse». Marville a été le premier impacté par cette croissance. Entre 2023 et 2026, le site, dédié quasiment exclusivement au marché de l’électronique de défense, a gagné un équivalent temps plein (ETP) par mois, passant de soixante à cent cinq salariés. Dans le même temps, son chiffre d’affaires a été multiplié par trois pour atteindre, en 2026, 24 millions d’euros. Si le parc machines était vieillissant, l’expertise de ses mains en or, capables de manipuler des rubans d’or de 17 microns (quatre fois moins que l’épaisseur d’un cheveu) en salle blanche, a été, en revanche, un véritable atout. «Ils sont peu en France à pouvoir le faire», rappelle avec fierté Guillaume Petit. Pour accompagner cette croissance insolente, il a fallu recruter des personnes alors qu’aucune école spécifique n’existe, qui plus est dans un territoire rural comme le nord meusien.
Sortir de l’anonymat
La stratégie a donc été de lancer une communication tous azimuts pour se faire connaître sur le bassin de vie, mais aussi de s’appuyer sur les acteurs locaux, en commençant par un partenariat avec France Travail, pour identifier des profils en reconversion et recruter des câbleurs. «Nous ne regardons pas le CV mais les facultés. Après un premier filtre sur la dextérité, l’acuité visuelle et le savoir être, nous leur faisons passer des tests de mise en situation réelle», précise la direction. La suite passe par un compagnonnage : quatre mois minimum en binôme avec un expert du site pour «une aventure aux confins de la technique et de l’humain». En trois ans, 470 candidatures ont été recensées pour 312 entretiens. Si l’effectif a pu être multiplié par 1,7, il faut entre six à neuf mois pour former un câbleur sur le haut niveau d’exigence dont de nombreux opérateurs travaillant sous binoculaire (loupes grossissantes), contre neuf à douze mois pour un contrôleur. Alors qu’un tiers de l’effectif a plus de vingt ans d’ancienneté, une hausse de 20% des moins de quarante-cinq ans a permis de rajeunir la pyramide des âges du site meusien depuis 2023. Peu de turn-over à Marville mais une volonté de mettre en valeur le secteur et les produits pour lesquels les recrus travaillent au quotidien. En l’occurrence pour des pièces servant à l’armement et ainsi à la protection de la Nation. «Chez les jeunes, cette quête de sens arrive presque à égalité avec le salaire», s’enthousiasme le directeur industriel. Un argument qui fait mouche pour attirer de nouveaux talents dans un «secteur qui fait briller les yeux». En trois ans, le groupe a investi 2,5 millions d’euros en équipements et 1,6 million en bâtiment en France, dont 2,2 millions en machines et outils pour Marville et 800 000 euros dans ses bâtiments. Pour la période 2026-2029, une nouvelle enveloppe de 2,2 millions d’euros va être injectée chez Arelis pour une extension programmée de 800 m². Le permis de construire venant d’être déposé, les travaux devraient rapidement suivre pour disposer du nouveau bâtiment industriel d’ici à la fin 2027. L’enjeu est de répondre à la hausse de l’activité, sous le nom de code MRV2 (pour Marville 2). C’est la première fois que ce site, implanté au cœur de l’ancienne base de l’Otan, va connaître une nouvelle construction.
Des mains d’or reconnues
Dans le même temps, le groupe s’engage dans une réserve foncière en acquérant de nouveaux terrains attenants, préparant «le coup d’après», sous le nom de code MRV3. Et pour cause, les nouveaux locaux, même pas encore sortis de terre, pourraient s’avérer trop petits d’ici un an compte tenu de la croissance du secteur de la Défense. «À un moment donné, il a fallu arbitrer et nous avons fait le choix du pragmatisme avec un futur bâtiment industriel bien utilisé et bien optimisé, donc bien rentabilisé», estime Guillaume Petit. Il est vrai que, depuis trois ans, les commandes explosent conduisant à des yoyos permanents sur des produits de niche et un secteur très spécifique. Si la concurrence existe sur des fonctions et cartes de base, le savoir-faire et la valeur ajoutée du site de Marville sont désormais plébiscités par les poids lourds français. L’entreprise a d’ailleurs décroché un premier Award de la part de Thales : celui du meilleur fournisseur excellence opérationnelle. Une vraie fierté pour les petites mains meusiennes reconnues parmi l’élite de l’électronique à haute-fréquence. Après trois ans d’engagement pour amener cette compétence vers le spatial, le site a également décroché un second Graal en 2026 : un agrément de savoir-faire délivré par l’Agence spatiale européenne et le Centre national d’études spatiales. Celui-ci leur donnant la possibilité et la qualification pour câbler des cartes électroniques qui se retrouveront au-dessus de nos têtes, dans des satellites. Avec un site spécialisé à 95% dans le secteur de la défense militaire, les Meusiens vont pouvoir «mettre un orteil dans le spatial» pour essayer de diversifier leur activité et leurs clients. Arrivée à un vrai moment charnière, cette homologation va permettre à Arelis de poursuivre sa croissance à un rythme effréné. Au cours des trois prochaines années, une quarantaine de nouveaux talents devraient rejoindre l’effectif meusien. Un développement porté par un carnet de commandes rempli et une visibilité à cinq ans pour cette pépite sortie de l’ombre, aujourd’hui reconnue comme une cheville ouvrière de la défense souveraine de la France.
Un secteur qui fait briller les yeux
Compagnonnage
25 000 heures de compagnonnage ont été recensées sur le site de Marville, qui mise sur la transmission pour former des jeunes (et des moins jeunes) afin de les faire monter en compétences au contact de tuteurs expérimentés. En novembre prochain, la troisième promotion de collaborateurs embauchés et formés aux métiers de l’électronique et de la microélectronique sera dévoilée lors de la Semaine de l’industrie.