Une transition dans la douceur grâce à trois mois en binôme entre François Deshayes, qui s’apprête à partir en retraite, et Demis Papazoglou, le nouveau directeur qui mesure «la chance» d’avoir bénéficié de cette période de travail en commun. Après vingt-cinq années passées en Meurthe-et-Moselle, au CFA Saint-Michel Bosserville, ce Meusien d’origine évoque avant tout «un retour aux sources». À la tête d’un paquebot interprofessionnel (voir encadré) créé en 1975, il inscrira ses pas dans la continuité de son prédécesseur engagé dans une phase de modernisation et de rénovation depuis 2023. Et pour cause, la réforme de l’apprentissage a permis de stabiliser le modèle économique renforcé par le soutien des Opco et de différents partenaires financiers. Les premiers travaux de rénovation thermique ont été réalisés dans les dortoirs en 2023 et 2024. Puis, en 2025, c’est le pôle automobile qui a été totalement repensé et étendu. Avec 150 apprenants (en maintenance automobile et carrosserie peinture) contre seulement cent en 2020, cette filière disposait jusqu’à présent de deux bâtiments : le principal et une annexe. Le choix s’est porté sur l’extension de l’annexe pour répondre à la hausse des effectifs, dopée par les besoins des entreprises et des concessionnaires automobiles. Lancés en janvier 2025, les travaux d’un montant de 1,2 million d’euros se sont terminés il y a un an. Le nouveau bâtiment de 720 m² accueille désormais les filières de maintenance automobile (véhicules légers, poids lourds et bus) tandis que la carrosserie peinture se trouve dans le bâtiment historique, qui devrait être réhabilité en 2027.
Cuisine totalement repensée
Cette année, au tour de la cuisine pédagogique d’être entièrement rééquipée avec du matériel de pointe, augmentant la capacité d’accueil (de huit à quatorze) et favorisant l’autonomie des apprentis qui n’auront plus à travailler en binôme. Fini le gaz à l’ancienne remplacé par des fours mixtes et des plaques à induction professionnelles. «Tout a été refait du sol au plafond. Ces près de trois mois de travaux ont été indispensables pour créer un effet "waouh" Il ne faut pas qu’il y ait un fossé entre notre façon de travailler et celle des entreprises», s’enthousiasme Demis Papazoglou. Plus de 500 000 euros ont été injectés dans cette «vitrine technologique» pour les entreprises partenaires. «L’enjeu n’est pas de former sur du court terme les jeunes», selon François Deshayes, mais de «privilégier les techniques et les pratiques pour les préparer au mieux sur le long terme». Dans cette course à la concurrence, l’investissement est indispensable pour rester compétitif et attractif alors que l’apprentissage a connu un vrai boom ces dernières années au niveau national pour atteindre un sommet en 2024 avec 882 000 contrats signés. Si Valérie Debord, vice-présidente de la Région Grand Est, s’alarme depuis juin et dénonce les baisses drastiques de dotations décidées par le Gouvernement Lecornu, à Bar-le-Duc, aucune réduction d’effectif n’est constatée dans cet établissement historique qui a su nouer au fil du temps une relation de confiance avec les entreprises. «Les offres restent toujours plus nombreuses. La principale difficulté est d’attirer des jeunes», rappellent en chœur les deux directeurs. Pour justement les séduire, la communication s’intensifie sur les réseaux sociaux et les actions s’institutionnalisent à l’image des portes ouvertes qui auront lieu le 13 mars 2027 ou encore des Mercredis de l’apprentissage d’ores et déjà programmés les 19 mai et 16 juin prochains. Des occasions uniques de s’immerger dans les coulisses totalement rénovées de l’apprentissage.
Établissement historique
Créé en 1975, le CFA européen Louis Prioux au statut associatif forme dans cinq secteurs : Hôtellerie-restauration; Métiers de bouche ; Automobile ; Coiffure ; Commerce. La volonté de la direction est d’augmenter l’offre de diplômes dans ces filières historiques, qui attirent près de six cents apprenants, pour coller au mieux aux besoins des entreprises.
Spécificité européenne
Depuis vingt ans, le CFA est le seul en France à accueillir des jeunes d’Europe centrale venus obtenir un diplôme français, principalement en cuisine et pâtisserie. Un programme d’intégration structuré avec des cours de Français Langue Étrangère (FLE) est mis en place pour faciliter leur parcours. Ils sont 38 cette année.