L’heure de la reconquête a enfin sonné. Si le tournant est historique, tout l’enjeu est de ne pas regarder passer le train, mais au contraire d’être à l’initiative. «Nous avons toujours tendance à regarder dans le rétroviseur. Nous ne sommes pas prêts à faire de la prospective et à regarder devant. Moi, je crois à la situation de la ville, à son dynamisme. C’est pour ça que, depuis 2020, un plan guide a été initié avec Petites villes de demain pour un programme à 360°», confie Jean-Michel Guyot, le maire qui se voit avant tout comme un chef d’orchestre, conscient que seul le travail en équipe portera ses fruits. Pour faire la différence et être au rendez-vous de cette phase de réindustrialisation, il s’engage aux côtés des élus et des acteurs économiques locaux, que ce soient la Région, le Département ou encore l’agglomération Meuse Grand Sud, avec la ferme intention d’inverser la tendance décliniste. Et les arguments sont nombreux pour cette petite ville de moins de 3 700 habitants, porte d’entrée de la Meuse directement reliée à la RN4, implantée à seulement quinze minutes de Saint-Dizier et une demi-heure de Nancy. Le positionnement géographique demeurant l’argument n°1 lorsque des entreprises investissent. Et c’est le cas avec le projet de croissance de Daimler Buses qui a fait le choix de conforter sa présence dans la commune en 2022. Une volonté devenue réalité avec l’inauguration en juillet dernier d’un nouveau bâtiment de 17 000 m². Premier employeur privé de la Meuse avec 1 200 salariés, le constructeur allemand d’autobus tourné vers l’électrification de son offre recrute actuellement cent salariés par an. Une tendance qui devrait se poursuivre jusqu’en 2030.
Le foncier, le cœur du réacteur
Au moment même où la ville souffre d’un manque de perspectives d’extension au niveau foncier, force est de constater que «le zéro artificialisation des sols nous pénalise trop fortement. Malheureusement, c’est toujours la ruralisation contre la métropolisation», se désole le premier magistrat. Ses besoins particuliers ont toutefois été entendus par l’agglomération Meuse Grand Sud qui a la compétence habitat. Si les Villes pouvaient bénéficier d’un seul et précieux hectare, Ligny-en-Barrois en a obtenu 1,8. Trois opérations d’aménagement (OPA) ont été déposées avec près de cinquante parcelles d’habitat neuf qui devraient être mises sur le marché à l’horizon 2030, dont quinze constructions sur la friche industrielle d’Essilor rachetée en 2014 par la Commune et confiées à la SEBL. Après avoir travaillé sur la vacance en centre-ville de 2014 à 2022 avec 360 déclarations d’intention d’aliéner (DIA), l’heure est au renouveau, comme en attestent les ventes rapides de maisons individuelles, signe annonciateur d’une attractivité retrouvée. Alors que Ligny-en-Barrois s’est quelque peu «endormie», lors de la longue période de désindustrialisation, les actions se sont réactivées depuis cinq ans. «Daimler a besoin de se concentrer sur sa production et, nous, notre rôle est d’accompagner et faciliter sa croissance», estime le maire. Le renforcement de l’offre de services fait d’ailleurs partie des priorités et des programmes d’investissement avec l’aménagement d’un nouveau stade (après avoir vendu l’ancien à Daimler dans le cadre de son projet d’extension), l’inauguration récente d’un nouveau groupe scolaire et la réflexion, en partenariat avec le CIAS, sur le projet d’une nouvelle crèche avec des horaires atypiques pour apporter des solutions aux salariés.
À la recherche d’investisseurs privés
Un travail est conduit en parallèle sur les commerces, coïncidant avec le retour de certains investisseurs, conscients des opportunités. L’opération de revitalisation du territoire vise à maintenir les cellules commerciales qui souffrent inévitablement de la proximité avec les grands centres commerciaux. Des projets concrets sont menés, comme la reconstruction d’une boulangerie pour garantir un service essentiel, car «le monde attire le monde». La réussite de toutes ces actions dépendra toutefois des financements. Le mandat précédent a bénéficié de soutiens à hauteur de 80%, ce qui a permis de réaliser de nombreuses infrastructures. L’autre dossier prioritaire porte sur les carences en termes d’offres de restauration et d’hébergement. À l’heure où le potentiel de marché se dévoile, l’enjeu est de convaincre les investisseurs. «Nous avons une chance que nous devons saisir pour notre territoire. Reste à hiérarchiser nos actions et à les concrétiser», prévient le maire. Au-delà de Daimler Buses, Ligny-en-Barrois qui est implantée à seulement 20 km du projet Cigéo de Bure, dont le décret devrait être publié avant les prochaines présidentielles, pourrait bénéficier de la dynamique à court terme. Une réflexion est en cours avec l’OPH pour identifier des logements adaptés aux ouvriers nomades. Autant de pistes qui devraient changer radicalement le visage et le statut de cette petite ville qui, à l’avenir, pourrait prendre une tout autre dimension dans ce territoire rural.
Le zéro artificialisation des sols nous pénalise trop fortement