Les salariés quittent leur emploi, mais les managers mis en cause restent souvent en place. C’est le principal paradoxe qui ressort de l’enquête réalisée par LiveCareer (création de CV, conseils de carrière) en mars 2026, auprès de 1 000 professionnels en activité dans cinq pays européens*. D’après les répondants, 26 % des managers ayant adopté des comportements abusifs ont malgré tout été promus. Dans 22 % des cas, ils ont été déplacés à un poste équivalent et, dans la même proportion, rien n’a changé. Le licenciement ne concerne que 9 % des situations rapportées. Seuls 6 % se seraient réellement améliorés après un coaching, une formation ou un avertissement. La performance semble continuer à jouer un rôle protecteur : deux salariés interrogés sur trois estiment qu’une entreprise est susceptible de tolérer un manager abusif, dès lors qu’il obtient de bons résultats. «Le mauvais management n’est plus seulement un problème relationnel, c’est une profonde défaillance organisationnelle», affirme Jasmine Escalera, experte carrière chez LiveCareer.
Un salarié sur cinq est déjà parti
Cette faible responsabilisation contraste avec les effets du management sur la fidélisation : 19 % des salariés interrogés déclarent avoir déjà quitté un emploi à cause d’un mauvais manager ; 41 % y ont sérieusement pensé. Au total, six salariés sur dix ont donc démissionné ou envisagé de le faire en raison de leur supérieur hiérarchique. Les expériences ne sont pourtant pas uniformément négatives. Près de la moitié des personnes sondées estiment avoir eu globalement de bons managers au cours de leur carrière. Une part importante fait état d’expériences partagées entre bons et mauvais responsables, tandis qu’une minorité juge ses expériences principalement mauvaises. Malgré cela, 76 % considèrent les «mauvais» managers comme fréquents, voire inévitables, dans les entreprises.
Les comportements toxiques au quotidien
Les comportements cités relèvent moins de lacunes techniques que de pratiques quotidiennes. Le favoritisme arrive en tête : 36 % des salariés disent l’avoir personnellement subi. Viennent ensuite l’appropriation des succès des autres par le manager et la modification des attentes en cours de route. Un salarié sur cinq évoque aussi des encadrants qui évitent de prendre leurs responsabilités. Le contrôle du moindre détail, la minimisation de l’épuisement professionnel et les humiliations publiques figurent également parmi les pratiques rapportées.
Les conséquences se mesurent d’abord au niveau collectif : 52 % associent ces comportements à des conflits ou à des tensions dans l’équipe. Le turnover arrive ensuite, devant la baisse des performances et les objectifs non atteints. Les effets concernent également la santé et l’engagement. Plus d’un tiers des répondants évoquent une dégradation de la santé mentale, avec du stress ou de l’anxiété. Le manque de confiance et de sécurité psychologique, le désengagement et le burn-out sont aussi cités.
La crainte de parler aux RH
Face à ces situations, le recours aux ressources humaines n’apparaît pas comme une protection suffisante. Plus de la moitié des salariés sondés (54 %), jugent risqué ou peu sûr de signaler un problème lié à un manager toxique. Ils craignent, notamment, des conséquences négatives sur leur carrière. Seuls 46 % pensent pouvoir effectuer un tel signalement sans danger. Pour Jasmine Escalera, tolérer ces comportements revient à «sacrifier la santé mentale des employés, la confiance au sein des équipes et la fidélisation à long terme des talents». Au-delà des relations de travail, les comportements managériaux pèsent sur les départs, la performance, la santé mentale et la confiance des salariés.
*Enquête menée en mars 2026, auprès de 1 000 professionnels en activité en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne