Le plan stratégique «Trust the future», votre feuille de route nationale pour les cinq prochaines années, est aujourd’hui en marche. Quel est le cap donné ?
Jean-François Arnod : Le précédent plan (Lead the future : NDLR) avait pour principal objectif de recentrer Orange sur ses cœurs de métier. Aujourd’hui, nous entendons renforcer notre rôle de tiers de confiance pour accompagner nos différents clients face à un monde plein d’incertitudes.
La complexité et les risques numériques augmentent, mais la connectivité demeure essentielle et vitale et l’IA (Intelligence artificielle) transforme tous les secteurs. Dans ce contexte, la confiance est un critère décisif.
En termes d’infrastructures, cela passe par des réseaux fiables, une cybersécurité intégrée, des pratiques responsables en matière de données et d’IA, ainsi que des expériences utilisateur fluides.
Forts de notre ancrage local, nous sommes là pour aider les territoires à franchir le cap de la digitalisation et de l’évolution des télécoms.
Quels sont les principaux axes de ce nouveau plan ?
Il s’articule autour de trois ambitions : la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence.
En matière de proximité, nous devons continuer à nous rapprocher de tous les segments, et notamment des entreprises, en comprenant leurs besoins réels et en leur apportant les solutions adéquates par le biais de nos entités Orange Business et Orange Cyberdefense.
Dans la région, à Strasbourg, nous disposons d’une équipe de trente personnes entièrement dédiée à la cybersécurité. C’est un métier sur lequel nous intensifions nos actions grâce à une présence terrain renforcée au plus proche de nos clients. Il est essentiel d’instaurer des règles de conduite claires en matière de cybersécurité pour garantir une gestion efficace du digital.
Il existe tellement de possibilités liées au numérique, il faut juste s’assurer de pouvoir en profiter dans un cadre responsable et de confiance.
Notre leadership dans le domaine de la cybersécurité nous permet ainsi de développer des solutions cloud de confiance et des services d’IA fiables. En la matière, nous avons développé une IA basée sur les meilleures solutions du marché que nous avons, pour ainsi dire, encapsulées. Elle est aujourd’hui utilisée par l’ensemble de nos collaborateurs.
Cela nous donne cette connaissance que nous pouvons déployer au profit de nos différents segments de marché.
Tout cela passe par l’innovation et cette notion d’excellence, les deux autres axes de «Trust the future» ?
Nos capacités d’innovation avec, par exemple dans la région, notre laboratoire de Belfort dédié à l’IA et à la voix ou encore notre centre de Strasbourg autour de la cybersécurité, associés à une expertise mutualisée dans l’ensemble du groupe avec des plateformes partagées, nous permettent de lancer rapidement sur le marché de nouveaux services numériques.
Mais cette excellence recherchée passe surtout par un ancrage encore plus important sur nos territoires, par un soutien renforcé des différentes politiques régionales et des projets des différents acteurs de la région.
C’est-à-dire ?
Nous nous sommes investis dans de nombreux sujets qui sont aujourd’hui des problématiques territoriales comme la cybersécurité, l’IA mais également la souveraineté.
Nous nous positionnons avec les bonnes solutions adaptées pour tenter d’y répondre efficacement. Tout cela ne peut se réaliser qu’en prenant en compte les spécificités locales. Dans la région, le déploiement de notre stratégie nationale s’accompagne d’un plan territorial.
Il est construit avec l’ensemble des métiers du groupe mais également avec les réseaux de managers, les structures départementales et un collectif jeunes. Il regroupe des collaborateurs qui ont moins de dix ans d’ancienneté dans le groupe.
Tout cela permet de mettre en place une vision d’avenir. Nous avons les compétences et des personnes engagées pour le construire.
Un exemple de spécificités régionales sur lesquelles vous travaillez ?
L’Est est la zone la plus frontalière de l’Hexagone, avec plusieurs centaines de milliers de travailleurs qui se rendent chaque jour dans les quatre pays limitrophes de notre région.
Chez Orange, nous sommes présents physiquement en Belgique et au Luxembourg. Nous travaillons ainsi sur la qualité des réseaux pour ces frontaliers et notamment sur la gestion de leur data.
C’est un atout en termes de développement sur lequel nous devons continuer de travailler.
Pour la première fois, le 19 octobre, nous avons réalisé, au sein de notre établissement de Nancy, situé dans le quartier des Rives de Meurthe, un Codir (Comité de direction) commun avec Orange Luxembourg.
C’est symbolique mais également le signe que notre direction régionale Est s’affirme aujourd’hui comme une passerelle entre Orange France et l’Europe sur l’ensemble des différents sujets.
Les infrastructures et les réseaux demeurent le moteur principal pour mettre en œuvre les différentes solutions que vous déployez. La fin du réseau cuivre, le passage à la fibre ou encore l’arrêt tout récent de la 2G, début octobre, sont autant de chantiers à mener. Êtes-vous relativement confiant ?
Nous abordons avec confiance cet arrêt du cuivre et le passage à la fibre. Aujourd’hui, 94% des locaux sont raccordables à la fibre et la France demeure le pays le plus fibré d’Europe.
Au niveau de la 2G, tout s’est déroulé sans encombre car une grosse partie de l’utilisation était déjà passée sur les réseaux 4G et 5G. La modernisation de nos réseaux demeure un axe fondamental car nous devons répondre à des besoins de connectivité de la part de nos clients de plus en plus importants.
Ces besoins explosent littéralement avec une augmentation de 30% d’année en année. Il nous est indispensable d’avoir les meilleurs réseaux et surtout de moins en moins énergivores.
Que représente aujourd’hui Orange dans la région ?
Nous sommes connus pour nos réseaux et notre image de grand groupe mais notre poids en tant qu’acteur économique local est souvent méconnu, tout comme notre contribution à l’économie régionale.
Dans notre direction Est (Alsace, Lorraine et Bourgogne-Franche-Comté), nous avons 2 767 collaborateurs (1 325 en Lorraine, source : enquête du cabinet Goodwill-management) et, avec le développement des usages du numérique mené sur le territoire, nous soutenons 15 342 emplois dans le Grand Est (7 022 en Lorraine).
Cela se traduit par 1,4 milliard de richesse créée (0,6 milliard en Lorraine). Notre implication dans le territoire sera encore renforcée d’ici 2030 et l’un de nos enjeux est de développer notre visibilité pour continuer à accompagner le territoire à franchir ce cap de la digitalisation.
Lorrain de souche
Arrivé en mars dernier à la direction Est d’Orange, Jean-François Arnod a retrouvé ses terres lorraines après 25 ans passés à l’international pour le compte de l’opérateur, notamment au Maroc et en Tunisie. Barisien de naissance, ce diplômé de l’EDHEC et de la Solvay Business School a débuté sa carrière chez Orange à Épinal où il a notamment lancé la 2G à Rambervillers. Un quart de siècle plus tard, il a contribué à y mettre fin le 2 octobre dernier.