Elle n'en fait jamais et n'avait pas prévu d'en faire et pourtant la présidente du Département de l'Oise, Nadège Lefebvre, a organisé une conférence de rentrée en ce début septembre. Parce que la rentrée qu'elle qualifie de «tendue», ce contexte «de flou artistique» la pousse à prendre la parole, et notamment sur la mobilité et son avenir.
Pour comprendre cette prise de parole, il faut appréhender le contexte de la loi-cadre sur les transports, dite loi Tabarot (du nom du ministre). Adoptée en première lecture, cette loi passera en seconde lecture au Sénat cet automne, et Nadège Lefebvre alerte sur son fondement avant sa potentielle adoption au Sénat. «Le gouvernement est aveugle et sourd», exprime-t-elle. Pourquoi ? Parce que cette loi des transports mise sur le fluvial et le ferroviaire pour développer les mobilités futures «mais il n'y a aucune reconnaissance des réseaux routiers départementaux et de leurs 380 000 km», explique-t-elle. Le problème dans cette loi, pour la présidente du département de l'Oise, réside dans le fait qu'aucune partie des financements des concessions autoroutières n'est dédiée au Département et pas même non plus une partie des deux milliards d'euros des taxes issues des certificats d'immatriculation, dont une partie est pourtant reversée à la Région «qui ne gère aucun réseau routier», manifeste-t-elle. «Je suis pour le développement du fluvial et du ferroviaire mais le réseau routier est essentiel dans le quotidien des citoyens, et notamment pour le milieu rural où prendre le bus ou le train reste compliqué. Il faut que les ministres soient réalistes», éclaircie-t-elle.
Un réseau à entretenir
Nadège Lefebvre a aussi sorti sa calculatrice. Elle pointe une désolidarisation financière du gouvernement notamment parce que le réseau routier est essentiellement entretenu par les communes et les Départements, l’État n'ayant que très peu de routes sous sa responsabilité (12 000 km alors que les communes 700 000 km). «Cela pèsera sur les budgets encore une fois car un réseau doit s'entretenir et le Département aide aussi les communes pour l'entretien de leurs réseaux routiers», note-t-elle. Pour preuve, Nadège Lefebvre rappelle les montants que le réseau routier coûte et son implication à garder le réseau routier en bon état : en 2026, 45 millions d'euros ont été investis par le Département et de très nombreux travaux ont été effectués.
Et dans ce réseau routier, l'entretien des ponts en fait partie... et c'est bien pour cela que Nadège Lefebvre interpelle aussi le gouvernement. «La moyenne de la durée de vie d'un pont est de 100 ans, explique-t-elle. Et dans quelques années, de très nombreux ponts devront être refaits, et certains dans le Département sont déjà en cours de rénovation». Et il y a 665 ponts dans l'Oise.
Des ponts dont le financement demeure complexe dès lors que le pont passe au-dessus d'un réseau ferroviaire. «Dans ce cas, c'est SNCF Réseau qui gère et nous devons payer la partie du réseau qui est sous le pont, explique Nadège Lefebvre. Par exemple, le pont de Crépy-en-Valois est un pont qui va coûter cher. Si nous devions prendre en compte que les coût des travaux du pont, cela nous aurait coûté 5,5 millions d'euros mais dans ce cas précis où nous passons au-dessus de rails, il va nous coûter 13 millions d'euros». En attendant la seconde lecture, Nadège Lefebvre sollicite les ministres et les sénateurs pour être entendue.