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Territoires

Quel avenir pour le tourisme fluvial aujourd'hui florissant ?

Le tourisme fluvial a le vent en poupe, d'après Entreprises Fluviales de France. Mais le secteur pourrait être fortement impacté par le changement climatique.


© Adobe Stock.

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Longtemps resté sous les radars, le secteur attire aujourd'hui l’attention. Le 3 juillet, à Paris, Entreprises fluviales de France (E2F) qui réunit les acteurs du secteur, organisait une cérémonie de clôture à l'issu de son assemblée générale. Parmi les intervenants, Jugurtha Begriche, directeur d'études au département Études des Échos, est venu présenter les grandes conclusions d'une nouvelle étude. «Le tourisme fluvial se porte plutôt bien. (…) Et nous constatons également une forte augmentation des appels à projet concernant des guinguettes ou des restaurants sur des péniches..», constatait notamment l'expert. En 2026, «nous ne nous en tirons pas trop mal», convient Frédéric Avierinos, président du « collège passagers » des E2F. En fait, le secteur connaît une forte croissance depuis une dizaine d'années. «Visiter un site ou se laisser transporter par le fleuve, c'est assez formidable pour découvrir les territoires et ce potentiel se développe (…). C'est le fait d'un tissu de compagnies dynamiques, pour la plupart des PME, mais aussi quelques grands groupes», constate Frédéric Avierinos.

Le type d'activités – auxquelles correspondent des bateaux différents- est très varié. Certaines sociétés proposent des balades à la journée avec ou sans prestations (spectacle, repas...), d'autres des séjours sur des paquebots avec hébergement. Autre type de prestation encore, les péniches hôtel qui opèrent par exemple sur le Canal du Midi. Par ailleurs, «il existe aussi un autre secteur qui a clairement un potentiel de développement, celui de la mobilité», poursuit Frédéric Avierinos. Exemple avec les bacs utilisés pour traverser le Rhin ou le Rhône. En outre, dans un nombre toujours plus important de villes, «les réseaux de transport intègrent le fluvial», explique Frédéric Avierinos. C'est le cas à Paris avec le Batobus. A Lyon, le dispositif existant devrait être amplifié. Nantes et Bordeaux sont également concernées. D'après le récent baromètre E2F, le transport fluvial de passagers, a atteint 14,8 millions de passagers (y compris transport public et bacs), en 2025, confirmant le dynamisme global du secteur, avec une progression d’environ 7 % par rapport à 2024. Le tourisme dans le bassin de la Seine concentre 80% du trafic.

Querelles autour des usages de l'eau ?

En dépit de cette dynamique, l'activité fait face à une multitude de défis, selon Frédéric Avierinos. A commencer par la transition énergétique qui impose des investissements importants ( électrification des flottes). Parmi les autres sujets d'inquiétude, certains sont récurrents à la profession : difficulté à recruter des pilotes, qualité des infrastructures, réglementation.... Mais aussi, «à ce stade, nous n'avons aucune visibilité sur le calendrier scolaire au delà de juin 2027. C'est essentiel pour les opérateurs du tourisme et c'est la première fois qu'il y a une telle incertitude», ajoute Frédéric Avierinos.

Cécile Avezard, directrice générale de VNF, Voies navigables de France, établissement public en charge de la gestion, de l’exploitation et du développement de 6 700 km de voies fluviales en France, pointe d'autres défis supplémentaires auxquels doit faire face le touristique fluvial. «Avec l'offre qui se diversifie, il existe un défi du partage des accès à l'eau avec ceux qui utilisent déjà le fluvial ; c'est en particulier le cas dans les espaces où il y a déjà une tension, comme dans les grandes villes», prévient-elle. Et le sujet va devenir de plus en plus prégnant, avec une demande accrue d'accès à l'eau à des usages de baignade, corrélée au réchauffement climatique en cours.

Plus largement, ce dernier constitue un enjeu majeur : les touristes auront-ils envie de passer une journée sur un petit bateau qui n'offre pas d'ombre, lorsqu'il fait 40 degrés ? «Il y a un sujet d'offre, de saisonnalité et d'organisation. Quels itinéraires conserver ? A quel moment ? Avec quelle offre ? Dans dix ans, tout cela aura beaucoup évolué», prévient Cécile Avezard. Et dans dix ans, un autre paramètre, également crucial, aura aussi évolué : sur quelle partie du réseau sera-t-il encore possible de naviguer, alors que la sécheresse menace ? Parmi les grands enjeux auxquels font face l'ensemble des acteurs du monde fluvial (et pas seulement ceux du tourisme) figure «les moyens financiers et la capacité [de VNF] à opérer sur tout ou partie du réseau. C'est ce que nous devrons discuter tous ensemble, notamment au vu des changements climatiques», prévient Cécile Avezard.