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RH

Santé mentale au travail : les entreprises face au risque de démobilisation

   Alors que la santé mentale est reconduite comme Grande cause nationale en 2026, la 16e édition du baromètre Empreinte Humaine-Ipsos Bva* confirme une dégradation préoccupante de l’état psychologique des salariés. Au-delà du social, le sujet touche désormais à l’engagement, la fidélisation et la capacité des organisations à rendre le travail soutenable.

© Adobe stock.

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   Un salarié sur deux présente un signe de détresse psychologique, soit le niveau le plus élevé mesuré depuis le lancement du baromètre en 2020. La proportion progresse de trois points par rapport à novembre 2025 et 16% des salariés se trouvent en détresse psychologique élevée. Parmi ceux concernés, 83% relient cet état à leur travail. Le risque de burn-out reste, lui aussi, installé à un niveau aigu : 32% des salariés y sont exposés, dont 11% en risque sévère. Certaines catégories apparaissent plus fragilisées : la détresse psychologique affecte 60% des moins de 30 ans, 55% des femmes et 59% des employés. Les cadres ne sont pas épargnés : à 46%, avec un taux qui atteint 62% chez les DRH. Un signal sensible, alors même que ces derniers sont en première ligne pour piloter les politiques de prévention.

Un manque de reconnaissance

Au-delà des indicateurs de santé mentale, le baromètre met en évidence une crise du travail bien fait. Plus d’un salarié sur deux dit avoir de moins en moins de temps pour produire un travail de qualité. Six sur dix ont l’impression d’être de «simples exécutants, au détriment du sens et de la fierté au travail». Les processus jugés inefficaces, les canaux d’information trop nombreux ou les désaccords entre managers alimentent ce sentiment de perte de repères. Pour 52% des salariés, la succession des crises géopolitiques et économiques sert même de prétexte à une dégradation des conditions de travail.

Ce malaise interroge aussi la reconnaissance. Pour se sentir reconnus, 70% des salariés souhaitent être consultés avant une prise de décision, mais seuls 34% disent que cette pratique existe dans leur entreprise. Les remerciements spontanés et les feedbacks réguliers restent également en deçà des attentes. Le sujet dépasse donc la seule rémunération : il renvoie à la place accordée aux salariés dans les décisions qui touchent leur travail.

Et des fragilités personnelles qui pèsent sur le travail

Autre enseignement du baromètre : les difficultés personnelles entrent de plus en plus dans l’entreprise. Au cours des 12 derniers mois, 53% des salariés déclarent avoir traversé une période de stress intense liée à une difficulté personnelle, et 41% avoir fait face à des difficultés financières, administratives ou juridiques. Parmi les salariés concernés, 62% estiment que l’entreprise sous-estime ces situations, 59% craignent qu’en parler nuise à leur carrière et 56% se sont sentis isolés ou sans soutien dans leur travail. Le baromètre montre aussi que ces problèmes peuvent avoir des répercussions sur le travail : la moitié des salariés concernés estiment qu’elles ont affecté leur efficacité professionnelle. Les dispositifs de soutien – psychologue, assistante sociale, conseil juridique… –, lorsqu’ils existent, sont d’ailleurs jugés utiles par une large majorité des salariés (79%) qui les ont utilisés.

Des pratiques de prévention simples et efficaces

Enfin, seuls 11% des salariés disent évoluer dans un climat de sécurité psychologique élevé. Là où il existe, la détresse psychologique recule nettement. Les leviers identifiés ne relèvent pas nécessairement de dispositifs complexes : pouvoir parler sans tabou de santé mentale, dégager du temps pour la prévention, fixer les objectifs en tenant compte du bien-être des équipes ou recadrer les comportements inadaptés.

Pour Christophe Nguyen, président-fondateur d’Empreinte Humaine, la prévention doit devenir un «levier structurant du management et de la performance durable». Il s’adresse directement aux directions générales et aux comités de direction. Pour lui, investir dans la santé mentale suppose aussi de «transformer le travail pour le rendre enfin soutenable et durable». Car les conséquences du mal-être sont désormais visibles dans le rapport au travail. Un salarié sur cinq dit faire le strict minimum, un tiers souhaite quitter son organisation et 45 % craignent de ne pas pouvoir tenir psychologiquement jusqu’à la retraite. À l’inverse, sept sur 10 estiment qu’ils travailleraient mieux si les conditions de travail favorisaient une bonne santé mentale, et six sur 10 seraient plus fidèles à leur employeur si celui-ci investissait fortement dans la prévention des risques psychosociaux. Reste désormais à savoir si les entreprises sauront en faire un indicateur de pilotage, au même titre que l’absentéisme, le turnover ou l’engagement.

*Sondage réalisé auprès de 2 000 salariés français en mai 2026.