Prix mondial du sucre en baisse de 33 % sur un an, stocks mondiaux élevés, importations massives sur le marché européen sans droits de douane : le secteur betteravier français traverse une période difficile. Réuni à Paris le 28 mai, Tereos a toutefois voulu se montrer rassurant. «C'est une période de bas cycle, mais nous ne la subissons pas, nous agissons», résume Olivier Leducq, directeur général.
Les résultats financiers reflètent néanmoins ce contexte. Le chiffre d'affaires de la division Sucre Europe recule de 13 %, à 2,057 milliards d'euros, tandis que celui de Sucre International chute de 22 %, à 1,021 milliard d'euros. Au total, le chiffre d'affaires du groupe s'établit à 5,13 milliards d'euros, contre 5,93 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 13,5 %.
Tereos serre les coûts pour préserver ses équilibres
L'EBITDA ajusté s'établit à 416 millions d'euros, en recul de 48%. Le résultat net bascule dans le rouge, passant de 131 millions à -590 millions d'euros. Les marchés de l'amidon et de l'alcool-éthanol sont également en difficulté, avec des chiffres d'affaires en baisse respectivement de 13% et 15% à change courant.
Pour traverser cette période de turbulences, le groupe réduit ses investissements, tout en maintenant un niveau élevé d'engagement. Après un montant record de 455 millions d'euros en 2024-2025, l'enveloppe a été ramenée à 344 millions d'euros pour 2025-2026. Tereos agit également sur ses coûts : «En deux ans, nous avons réduit les frais généraux du groupe de 33 millions d'euros, soit près de 9%», souligne Olivier Leducq.
Le groupe recentre aussi ses activités. La cession d'actifs non stratégiques a déjà généré 206 millions d'euros sur l'exercice 2025-2026, contribuant à stabiliser la dette nette à 2,225 milliards d'euros au 31 mars 2026, contre 2,220 milliards d'euros un an plus tôt.
La décarbonation comme levier de compétitivité
Si les surfaces de betteraves devraient rester stables, Tereos mise sur la décarbonation pour renforcer sa compétitivité. «Nous avons choisi l'électrification comme principal levier – mais non exclusif – de décarbonation», explique Olivier Leducq. À Nesle, le groupe a investi 44 millions d'euros en 2025 dans un moulin présenté comme l'un des plus performants d'Europe, divisant par deux la consommation électrique.
Dans l'Aisne, Tereos s'est associé à Suez pour développer une chaufferie à combustibles solides de récupération près de la sucrerie-distillerie d'Origny-Sainte-Benoîte, dont la mise en service est prévue en 2027. À Boiry (Pas-de-Calais), 50 millions d'euros ont été investis ces deux dernières années dans une tour de diffusion, un corps d'évaporation et l'électrification du site, avec l'objectif de réduire les émissions de CO₂ de 45% d'ici à 2031. À l'échelle du groupe, Tereos vise une baisse de 36% des émissions au champ et de 50% pour ses activités industrielles sur dix ans.
«Nous misons également sur les marchés d'avenir en participant à la structuration des filières de la chimie verte et des carburants d'aviation durables», poursuit Olivier Leducq. Après Futerro, à Lillebonne, consacré aux PLA biosourcés, le projet Furanova, mené avec Avantium et LVMH/Gaïa, développe une alternative au PET à partir du fructose. Un nouveau plan d'action sur quatre ans est à l'étude pour faire face à un exercice 2026-2027 qui s'annonce encore difficile.
Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont