En bref

81e congrès des experts-comptables : les clés de la Refondation, à Notre-Dame

Pour transformer un cabinet d'expertise comptable, les projets d'envergure comme la restauration de Notre-Dame ou la cérémonie des Jeux Olympiques peuvent constituer une source d'inspiration.Témoignages.



A défis majeurs, sources d'inspiration remarquables. L'Ordre des experts-comptables a axé son congrès annuel sur la nécessité d'une véritable «refondation» des cabinets dont les pratiques et le modèle économique sont remis en cause. Et lors de la cérémonie de clôture, le 18 septembre, deux personnalités très différentes ayant mené à bien des projets hors normes, à la réussite unanimement reconnue, sont venues apporter leur témoignage. Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques qui a mené à bien le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris après l'incendie du 15 avril 2019. Et Thomas Jolly, metteur en scène, directeur artistique de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, en 2024, saluée dans le monde entier.

Bien évidemment, les situations différent. Toutefois, les parallèles ne manquent pas avec avec les questions que se posent les experts-comptables. A commencer par celle-ci : le changement est-il vraiment possible quand les difficultés semblent insurmontables ? Oui, à juger de l'ampleur de celles qu'ont affrontées les deux témoins. Pour Philippe Villeneuve, c'était, en premier lieu, le «délai fou» imposé par le président de la République : cinq ans, une gageure, en matière patrimoniale, d'autant que s'ajoutaient le poids de contraintes, règlements...Les contraintes ? «Nous nous sommes faufilés», témoigne Thomas Jolly. Lui a dû composer avec les caprices du fleuve – et de la météo-, les contraintes administratives liées à la ville, la sécurité, la logistique, les quais pour lesquels il n'existe pas de plan, les exigences de chacune des institutions qui bordent la Seine, la capacité des ponts à supporter -ou pas – le poids et les mouvements de danseurs.. «Dans la confrontation au réel, il fallait que la contrainte devienne un outil. Nous savions le récit que nous voulions raconter. Il y a mille façons de le faire», éclaire Thomas Jolly, qui a fait évoluer son projet en permanence.

Fierté et récit partagé

Au cœur de la reconstruction de Notre-Dame, comme de la cérémonie des JO, un même questionnement qui intéresse les experts-comptables. Lorsque l'on invente l'avenir, que garder du passé ? « Inventer une scénographie à côté du Louvre, sans l'utiliser, cela n'avait pas de sens. Nous avons réinventé l'image de Paris que nous connaissons. L'héritage n'est pas figé dans le passé », relate Thomas Jolly.

Pour le monument historique classé qu'est Notre-Dame, la problématique est bien sûr différente : sa conservation constitue un impératif. « Il ne faut pas qu'un monument perde son âme », ajoute Philippe Villeneuve. Pour autant, la cathédrale est bien entrée au XXIe siècle. «Si on laisse le monument dans son formol du 13e siècle, on aura froid l'hiver, on n'entendra pas le curé», note Philippe Villeneuve. Sans nuire au patrimoine préservé, tous les dispositifs contemporains nécessaires à assurer le confort et la sécurité de l'établissement (notamment, en matière d'incendie) ont donc été implémentés.

Autre point commun des deux projets, l'importance de la contribution des équipes. Avec deux interprétations différentes sur ce qui la favorise. «J'étais perclus d'admiration devant les compagnons qui travaillaient dans le froid, sur le chantier. Ils étaient heureux de le faire, car ils étaient fiers», se souvient Philippe Villeneuve, soulignant l'importance de déléguer, faire confiance et favoriser la transmission des compétences. «C'est le propre des êtres humains que d'être sensibles au récit. Être embarqués dans un même récit, c'est ce qui nous rapproche. Tout le monde savait pourquoi il était en train de travailler, de celui qui cousait un costume à celui qui donnait le top à Lady Gaga...», relate Thomas Jolly.