Dossier

À Isneauville, Axa ouvre ses bureaux la nuit aux personnes en situation de précarité

Depuis plus d'un an, le site Axa d'Isneauville héberge la nuit une personne sans domicile, avec l'association Les Bureaux du cœur. Une démarche encore rare en Seine-Maritime.

Amel loge dans les locaux de l'entreprise Axa, à Isneauville, représentée par Pierre-Alexandre Havard, grâce à l'association Bureaux du coeur. © C.G.

Amel loge dans les locaux de l'entreprise Axa, à Isneauville, représentée par Pierre-Alexandre Havard, grâce à l'association Bureaux du coeur. © C.G.

Lundi 21 septembre, 10 heures. Au sein du site Axa d'Isneauville (Seine-Maritime), se tient une réunion pas comme les autres, à l'initiative de Pierre-Alexandre Havard, responsable du site. Et ce n'est pas pour parler de résultats financiers ni pour résoudre un problème, mais pour parler de leur invitée, Amel. Depuis plusieurs mois, Amel loge dans les locaux de l'entreprise, en lien avec Les Bureaux du cœur, une association nantaise qui met en relation des entreprises et des personnes sans domicile en parcours de réinsertion. «Cela fait un an que le site d'Isneauville participe à cette initiative, Amel est notre troisième invitée», commence Dominique Bluteau, responsable régional des sites Axa de la région Ouest. 

Des critères d'éligibilité

Mais, comment cela fonctionne concrètement ? L'entreprise met à disposition un espace pour dormir, équipé d'un canapé-lit et d'une armoire. L'association, en partenariat avec des organismes sociaux, lui transmet ensuite un profil répondant à plusieurs critères. «Pour être éligible, il faut que la personne n'ait pas d'addiction, pas d'enfant à charge, pas d'animaux de compagnie, pas de traitement médical lourd, et qu'elle soit en situation régulière et en réinsertion professionnelle», liste Levanah Duret-Bellaloum, bénévole de l'association et référente pour la métropole rouennaise. L'entreprise fixe, elle aussi, ses règles : «On ne fume pas dans les locaux, l'alcool est interdit, l'invité ne peut pas recevoir», précise Pierre-Alexandre Havard. Une fois le profil validé par l'entreprise, les deux parties se rencontrent. 

Après un temps de réflexion, la convention peut être signée. «On fait des conventions de trois mois, renouvelables une fois, explique Levanah Duret-Bellaloum. Il peut y avoir des reconductions exceptionnelles, mais le but est que cela reste temporaire, pour que d'autres personnes puissent bénéficier du dispositif». Ainsi, l'invitée s'installe le soir, une fois les salariés partis, et quitte les lieux le lendemain matin, avant leur arrivée. 

«S'engager socialement»

Si le groupe d'assurance s'est pleinement engagé dans la démarche avec l'ouverture d'autres de ses sites comme Nanterre ou Pessac, celui d'Isneauville est le seul à être entreprise hôte en Seine-Maritime. «Adhérer à cette démarche, cela vient déjà d'une vraie volonté de la direction de s'engager socialement, déclare Pierre-Alexandre Havard. Notamment avec l'essor du télétravail, beaucoup d'entreprises ont des bureaux ou de l'espace libres». Pourtant, les deux responsables l'admettent : «Il y a une relation de confiance qui doit s'établir, nous accueillons des invités sur nos sites sécurisés de jour comme de nuit, ce qui nous rassure autant qu'eux», précise Dominique Bluteau. Cet engagement sociétal «fait rayonner la marque Axa» et est plébiscité par les salariés, «fiers de voir leur entreprise investie», s'enthousiasment-ils. 

Surtout qu'Axa est «l'hôte idéal» pour l'association Les Bureaux du cœur. Outre un ancien bureau transformé en chambre fermée à clé, l'entreprise met à disposition ses sanitaires et a noué un partenariat avec Sodexo pour offrir le dîner et le petit-déjeuner à son invitée. «On ne demande pas tout cela à une entreprise hôte, précise Levanah Duret-Bellaloum. Si elle met à disposition un clic-clac dans une salle de réunion, c'est tout ce qu'on demande, c'est facile à mettre en place». Car, aujourd'hui, peu d'entreprises de la métropole rouennaise se manifestent pour accueillir des personnes en situation de précarité, comme Amel, qui peinent à trouver un emploi et un logement, dans un contexte économique morose.