En marge des Journées du Patrimoine, le conservatoire textile Bleu de Cocagne, association loi 1901 installée dans l'ancienne usine Cosserat à Amiens, invitait quelques privilégiés à l'inauguration de la première ré-impression de la toile de Jouy. En effet, l'association samarienne s'est engagée dans la remise en service de cette machine à imprimer au rouleau gravé en taille douce. Un monument de 25 tonnes, la dernière machine en Europe, celle d'ITDT arrivée en 2010 de Tournon/Rhône avec quatorze rouleaux gravés au XIXème.
Ce sont actuellement les premières impressions avec le célèbre rouleau de «L'indépendance américaine» sur un dessin de Jean-Baptiste Huet qui sont mises en avant. Un savoir-faire perpétué par les bénévoles très soudés de Bleu de Cocagne fortement engagés autour de cette machine. «Nous avons empilé sur quinze années plus de vingt mille heures de travaux pour aboutir non pas à une machine de musée mais à la préservation de savoir-faire d'excellence. Celui de la pratique de l'impression au rouleau et la gravure en taille douce traditionnelle pour la production de la seule Toile de Jouy authentique avec des rouleaux gravés au burin au XIXème siècle», précise Yves Benoit, président de l'association qui collecte, restaure et remet en service ces machines textiles anciennes à Amiens pour fabriquer du velours et de la toile de Jouy, préservant ainsi un précieux patrimoine vivant.
Bleu de Cocagne : des fabrications d'exceptionnelle qualité
«Je suis là tous les mardi depuis sept ans déjà. Je suis un ancien transporteur. On a remis en marche cette impressionnante machine. Voir le résultat terminé et présenté ce soir c'est une belle chose, c'est juste magnifique», confie Hubert. De son côté, Johann a la lourde mission d'activer la machine titanesque pour cette inauguration en présence de représentants de la DRAC notamment et des partenaires. «J'aime bien tout ce qui est industriel ancien, je suis moi-même ingénieur industriel. Et puis le fait de rendre cette machine vivante comme à l'époque, cela a du sens !».
La toile de Jouy a gardé ses adeptes et connait régulièrement des phases de mode, au sein et en dehors des monuments historiques, par exemple l'hôtel Bristol à Paris dont les chambres sont exclusivement décorées de toile de Jouy. La mise en service de la machine à imprimer les toiles de Jouy va permettre de passer à la vitesse supérieure, mais exige d'importants travaux dans les bâtiments dans les prochains mois, pour lesquels l'appel aux dons est indispensable.