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Revenus

Bien logés, les riches en France occupent-ils leur juste place dans la société ?

   Etre riche en France, c'est notamment disposer d'un accès très privilégié au logement. Et les inégalités au sein de la population augmentent, selon l'Observatoire des inégalités. Ce dernier entend contribuer à un débat éclairé et factuel sur la politique publique et la fiscalité.

© Adobe stock.

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 Qui est riche, combien sont-ils ? Le 2 juin, l'Observatoire des Inégalités, organisme indépendant, a publié son « rapport sur les riches en France, édition 2026 ». Selon ce dernier, la France compte 4,8 millions de riches. L'étude se base sur des données publiques (Insee, ministères... ). A défaut de définition publique officielle, l'Observatoire des inégalités propose son propre seuil à partir duquel un individu est riche : plus du double du niveau de vie médian (données 2024). Cela signifie, par exemple, gagner au moins 4 292 euros par mois pour une personne seule après impôt, 6 438 euros pour un couple sans enfant après impôt et 10 730 euros pour un couple avec deux adolescents, une fois l'impôt sur le revenu payé. Actuellement, cela concerne 7,5% de la population, contre 8,4% en 2010, soit une baisse de 0,9 points (400 000 personnes en moins).

Qui sont ces riches ? Les trois quarts d'entre eux sont des cadres supérieurs dans le privé ou le public et une proportion similaire a plus de 45 ans. En effet, les salaires des cadres augmentent avec l'avancée de leur carrière, et ils ont souvent accumulé un patrimoine qui leur rapporte. Le rapport détaille plusieurs caractéristiques qui définissent les «conditions de vie privilégiées» des riches. Parmi elles, figure une fréquence élevée de départs pour les vacances annuelles et un important recours à des services domestiques (ménage, garde d’enfant, jardinage, etc.).

Le logement constitue un autre thème sur lequel les riches se distinguent tout particulièrement, dans un pays où sept Français sur dix affirment qu'il est devenu difficile de se loger dans leur commune (sondage Odoxa, novembre 2025) et où le taux de propriétaires occupants a baissé, passant de 58 à 57% de 2025 à 2026, d'après l'Insee. Selon l'Observatoire des inégalités, 88% des riches sont propriétaires de leur logement principal et 64% d'entre eux possèdent aussi un autre bien immobilier. Leurs logements sont plus vastes : ils disposent de 30% de surface supplémentaire, en moyenne, dans l’agglomération parisienne et 45 % dans les grandes villes de province. Autre particularité : près du quart des riches possèdent au moins une résidence secondaire, soit quatre fois plus que les autres ménages.

Sortir d'un «débat binaire» sur la fiscalité

Parmi les constats majeurs de l'étude, figure un accroissement des inégalités dans la société, basé sur une augmentation du niveau du niveau de vie des plus aisés. D'après l'Observatoire, qui se fonde sur des études de la Direction générale des Finances publiques, « le niveau de vie moyen des 10% les plus riches a progressé (…) deux fois plus vite que pour les 10% les plus pauvres entre 1996 et 2023 ». Au cours de cette même période, l'évolution du revenu du 0,1% des plus riches ( 40 000 ménages qui disposent de revenus annuels d'au moins 463 000 euros) a augmenté de 56 %, contre 7% pour les 90 % de ménages les moins aisés. Tout au sommet, les 500 plus grosses fortunes de France ont vu leur valeur globale multipliée par 6,6, au cours des 20 dernières années.

Au global, «les inégalités sont actuellement au plus haut depuis trois décennies», pointe l'Observatoire. Fondé en 2003, cet organisme, dont la rigueur des travaux scientifiques n'est pas contestée, affiche sa démarche militante, considérant que le niveau des inégalités atteint en France «heurte profondément nos valeurs », et constitue « une menace pour la démocratie». Aujourd'hui, «la question de la richesse ne se résume pas à ces hyper-riches, comme c’est souvent le cas dans le débat public en France. Se focaliser sur l’extrémité supérieure permet de fondre dans la masse des classes moyennes les populations riches situées juste en dessous. (…) Il est temps d’engager un débat documenté sur les revenus, qui devrait avoir lieu au Parlement chaque année, pour déterminer les ‘capacités contributives’ de chacun, comme le veut l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’homme. On ne peut se réduire à un débat binaire entre ceux qui voudraient rendre les riches plus riches en réduisant les impôts et ceux qui ne songent qu’à taxer les ultra-riches» préconise Louis Maurin, président de l'Observatoire.