Lorsque André Pecqueur rachète la Brasserie de Saint-Omer en 1986, l’entreprise est en difficulté et subit de plein fouet la concurrence internationale. « Elle était en dépôt de bilan, nous l’avons reprise parce qu’elle faisait partie de notre territoire » se souvient l’entrepreneur, alors négociant en vin.
A l’époque, une cinquantaine de salariés seulement font tourner l’outil de production. Quatre décennies plus tard, le contraste est saisissant : le site dépasse les 3,3 millions d’hectolitres et s’inscrit dans un groupe qui en produit 5,5 millions pour 800 salariés. « Nous avons grandi petit à petit, avec la rage de vaincre comme moteur et sans jamais remettre en question notre indépendance, pour être aujourd’hui le premier groupe brassicole de France, familial et indépendant ».
L’un des piliers de cette réussite repose, selon l’entrepreneur, sur un modèle économique atypique. Ici, pas d’actionnaires extérieurs, le capital est détenu par la famille, et les bénéfices sont intégralement réinjectés dans l’entreprise. « L’argent reste dans la maison ce qui nous permet de financer seul les investissements et de conserver une totale liberté de décision ».
Deux brasseries, deux positionnements complémentairesLe groupe s’appuie sur une organisation structurée autour de deux entités aux positionnements bien distincts. D’un côté, la Brasserie de Saint-Omer qui se concentre sur les bières de grande consommation et les marques distributeurs. De l’autre, la Brasserie Goudale qui incarne une montée en gamme assumée. « Goudale, c’est un peu notre restaurant cinq étoiles, on y produit des bières de dégustation, plus qualitatives » résume André Pecqueur. « Nous proposons désormais près de 90 recettes pour environ 750 références, en jouant sur les formats et les gammes. Et chaque année, nous créons trois ou quatre nouvelles bières… il faut écouter le consommateur et s’adapter à ses attentes ». La récente Goudale à la chicorée, élaborée avec la Maison Leroux, illustre parfaitement cette capacité à valoriser le terroir et à surprendre le marché.
Et d’ajouter : « Cette belle dynamique repose avant tout sur les femmes et les hommes de l’entreprise ! Notre force, ce sont les êtres humains, nous avons une super équipe, et du maître brasseur aux équipes commerciales, chacun contribue à une mécanique collective où l’écoute du terrain joue un rôle central ».
Investir pour préparer l’avenirDepuis 5 décennies, le groupe poursuit une politique d’investissement soutenue car « une entreprise qui n’investit pas pendant cinq ans est une entreprise morte » assure André Pecqueur. Un nouveau bâtiment de 9 000 m2 est ainsi en cours de construction sur le site Goudale d’Arques, tandis que de nouvelles machines de conditionnement sont déployées pour anticiper la fin progressive du plastique. Le groupe dispose aujourd’hui de 145 000 m2 d’entrepôts, bientôt 154 000, et d’une organisation logistique intégrée avec les Transports Saint-Arnould. Créée avec quelques camions, la flotte en compte désormais 250, dont une centaine assurent quotidiennement des liaisons vers le Royaume-Uni.
Et si la brasserie nordiste est aujourd’hui un pilier du marché, elle n’entend pas pour autant remettre en question sa dimension familiale. « Nous n’avons pas de conseil d’administration, quand il faut investir, on fait deux colonnes : combien ça coûte, combien ça rapporte, et on décide vite » explique-t-il. « L’humain prime avant tout ! La stabilité des équipes et la fidélité des salariés en témoignent, si les gens restent 20 ou 30 ans, c’est qu’ils ne sont pas trop mal ».
A 83 ans, le dirigeant continue d’incarner cet état d’esprit. « On remonte sur le vélo tous les jours, même après une victoire ».
En chiffres…
- 5,5 millions d’hectolitres produits par an
- 800 collaborateurs sur 3 entités
- 90 recettes différentes
- 750 références produits
- 250 camions dans la flotte logistique
- 145 000 m2 de stockage