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Cadres : l’IA entre usage et maîtrise

L’intelligence artificielle générative n’est plus un sujet lointain pour les cadres. En un an, son usage professionnel a fortement progressé. Mais son appropriation reste inégale. Reste désormais à passer des usages individuels à une compétence réellement partagée dans l’entreprise.


(c) DR

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La bascule est rapide. Selon l’Apec*, 50 % des cadres en poste utilisent désormais des outils d’intelligence artificielle générative au travail au moins une fois par semaine, contre 35 % en 2025. L’usage progresse dans toutes les catégories, mais il reste plus marqué chez les moins de 35 ans, à 62 %, et chez les managers, à 55 %. L’IA s’installe dans les pratiques quotidiennes aussi bien pour un usage à titre personnel que professionnel, pour chercher des idées, rédiger, analyser des documents, préparer une réunion, automatiser certaines tâches simples ou encore aider à la prise de décision.

Des usages déjà très concrets

Chez les cadres qui utilisent régulièrement l’IA, les usages sont variés. 77 % s’en servent pour chercher des idées et alimenter leur réflexion, 74 % pour rédiger des contenus, 72 % pour analyser des données ou des documents. Les managers y recourent aussi pour des tâches spécifiques : rédiger des messages à destination des collaborateurs, préparer des réunions, obtenir des conseils sur des problématiques managériales ou préparer les entretiens annuels. Les bénéfices perçus se confirment. Parmi les utilisateurs réguliers, 92 % estiment que l’IA leur permet d’améliorer la qualité de leur travail, 84 % de gagner en productivité ou en efficacité et 81 % de trouver de nouvelles idées. Pour une partie des cadres, l’IA ne sert donc pas seulement à aller plus vite. Elle devient un outil d’appui à l’analyse, à la structuration et à la créativité.

Une perception encore ambivalente

Mais cette progression des usages s’accompagne encore de nombreuses questions. La moitié des cadres estime que l’IA aura un fort impact sur les métiers cadres en général. Ils sont 39 % à anticiper un impact fort sur leur propre métier. L’IA est davantage perçue comme une opportunité que comme une menace, mais la position dominante reste nuancée : 39 % y voient à la fois l’une et l’autre. « On voit bien une image qui est complexe, multiple, dans cette ambivalence-là, avec une transformation qui est en cours, porteuse à la fois d’opportunités et de menaces », analyse Emmanuel Kahn, responsable du pôle études de l’Apec. Cette ambivalence explique la demande de montée en compétences. Deux tiers des cadres considèrent que la maîtrise des outils d’IA sera importante pour exercer leur métier à l’avenir. « Les cadres abordent l’intelligence artificielle avec un mélange de confiance et de vigilance. Ils savent qu’ils devront se former pour mieux en maîtriser les usages » relève Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études de l’Apec. Or, la formation ne suit pas encore complètement le rythme des usages. 29 % des cadres déclarent avoir été formés à l’IA, soit cinq points de plus qu’en 2025. Mais les formations restent surtout générales. Seuls 20 % ont été formés à l’utilisation de l’IA spécifiquement dans leur métier. Pour Gaël Bouron, c’est le prochain enjeu : « Le besoin aujourd’hui ne va pas être simplement d’avoir des compétences généralistes en IA, mais d’avoir des compétences spécifiques à leur métier. »

Des compétences IA de plus en plus scrutées

Côté employeurs, le mouvement s’accélère aussi. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à accepter, voire à encourager, l’usage de l’IA par leurs collaborateurs. C’est le cas de 70 % des ETI et grandes entreprises, et de plus de la moitié des PME. Les plus grandes structures avancent également sur l’encadrement : plus d’un quart ont mis en place une charte d’usage et plus d’un tiers proposent des formations dédiées. Cette évolution commence à modifier les recrutements. « Pour les entreprises, l’IA devrait surtout modifier les profils recherchés. Les entreprises nous disent qu’elles ne vont pas recruter les mêmes profils. L’évolution des compétences attendues apparaît comme le principal changement à venir, loin devant une éventuelle réduction des effectifs liée aux gains de productivité » explique Gaël Bouron. Deux entreprises sur dix accordent déjà de l’importance aux compétences liées à l’IA, lors de la sélection de cadres. Et plus de la moitié des grandes entreprises prévoient d’y accorder davantage de poids dans leurs recrutements futurs. « On observe quelques écarts selon les secteurs d'activité. Mais cela est d’autant plus vrai dans les services à forte valeur ajoutée –informatique, conseil, ingénierie R&D, banque assurance », ajoute Gaël Bouron.

Les candidats s’emparent aussi de l’IA

L’IA transforme enfin le processus de recrutement et la recherche d’emploi. 13% des grandes entreprises indiquent avoir eu recours à des outils d'IA lors de leur recrutement de cadres, notamment pour la rédaction des offres d'emploi. « Le niveau reste encore modeste, mais la progression est nette : c’est deux fois plus qu’en 2024 », explique Gaël Bouron.

Côté candidats, 31 % des cadres ayant réalisé une démarche de recherche d’emploi au cours des trois derniers mois ont utilisé l’IA, contre 15 % fin 2024. Les usages concernent d’abord la candidature : améliorer ou créer une lettre de motivation, retravailler un CV, rédiger un mail à un recruteur ou préparer des questions d’entretien. Pour Emmanuel Kahn, ce recours reste « minoritaire », mais il progresse vite. « Ça devient logique, prévisible, anticipé, de recourir à ces outils dans le cadre d’un processus de recrutement », observe-t-il. Les cadres n’en font toutefois pas un substitut complet à l’humain : 71 % considèrent que l’IA ne pourra pas remplacer totalement les conseils de professionnels pour améliorer une candidature.

*Etude sur les cadres et l'IA menée en mars 2026 auprès de 2 000 cadres du secteur privé et 1 000 entreprises