« Au lieu de chauffer des oiseaux, elle va chauffer des habitants de Dunkerque, de Grande-Synthe. » Patrice Vergriete, président de la CUD, résume ainsi l’enjeu : capter la chaleur fatale des usines, aujourd’hui perdue. L’idée n’est pas neuve : en 1986 déjà, le premier réseau dunkerquois récupérait celle d’Usinor, aujourd’hui ArcelorMittal, pour chauffer la piscine Paul-Asseman. «Ce territoire était sacrément pionnier », rappelle l’élu. Catherine MacGregor, directrice générale d’ENGIE, salue un territoire qui « montre la voie » : « Nous ne sommes pas ici pour faire de la décarbonation sans industrie, on veut faire la décarbonation avec l’industrie. »
Une facture allégée et amortie
Le groupement ENGIE / Santer Van Hoof Architecture obtient la délégation de service public des deux réseaux interconnectés de Dunkerque et de Grande-Synthe, qui desservent près de 14 000 bâtiments, des hôpitaux, des écoles et des bâtiments publics. Catherine MacGregor annonce une baisse de 20 % par rapport au tarif précédent et un mécanisme d’« amortisseur » face aux variations des prix de l’énergie. Patrice Vergriete y voit un triple avantage : du pouvoir d’achat, une énergie décarbonée et de la souveraineté. « On n’a pas besoin de pétrole, on n’a pas besoin d’électricité supplémentaire pour avoir recours à ce chauffage. Ça permet au territoire d’être autonome en termes de chaleur. »
Des sources de chaleur locales
La chaleur fatale industrielle fournira 53 % de la production : ArcelorMittal et l’huilerie Daudruy, puis Dillinger à partir de 2028. « On va avoir des extensions de réseaux de chaleur, donc plus de besoins énergétiques, d’où le fait d’aller chercher de nouvelles sources », explique Grégory Caracotte, chef de projet réseau énergétique à la CUD. Les déchets ménagers du Pôle de valorisation de Dunkerque apporteront 27 %, la station d’épuration 5 % en 2028. De quoi éviter jusqu’à 450 000 tonnes de CO2 sur la durée du contrat. « On parle beaucoup d’électrification, on parle aussi de gaz vert et parfois on oublie la chaleur », souligne Catherine MacGregor.
Objectif zéro fuite en 2030
Vieillissant, le réseau présente des fuites, qu’ENGIE traite par des réglages simples comme une baisse de pression. ENGIE va renouveler 16 km de canalisations et traiter les tronçons fragiles, avec un objectif « zéro fuite » en 2030. De quoi économiser jusqu’à 7,5 GWh d’énergie et 29 000 m3 d’eau par an. Le réseau passera de 70 à 84 km avec une extension vers Coudekerque-Branche. Des prolongements vers Bourbourg et Cappelle-la-Grande pourraient être étudiés. Objectif : raccorder d’ici 2030 l’équivalent de 4 000 logements de plus.
Renouer avec la population
Pour Patrice Vergriete, le réseau illustre aussi un enjeu plus large : retisser le lien entre les Dunkerquois et l’industrie, distendu par la désindustrialisation. Il appelle les industriels à « revenir au cœur de la vie de la cité ». Sinon, prévient-il, « on ne pourra plus développer l’industrie, parce que les populations le refuseront ».
Un financement et une charte citoyenne
63 M€ d’investissement global
34 M€ de prêt Transformation écologique de la Banque des Territoires
8,7 M€ de prime Certificats d’économies d’énergie
Un dispositif de financement participatif prévu pour les habitants du Dunkerquois
100 % des travaux confiés à des entreprises locales
10 000 heures de travail consacrées à l’insertion professionnelle
130 tonnes de matériaux réemployés, recyclés ou valorisés